SCÈNE PREMIÈRE

PRUSIAS, ARSINOÉ[ [950], ARASPE.

PRUSIAS.

Faites venir le Prince, Araspe.

(Araspe rentre.)

Et vous, Madame,

Retenez des soupirs dont vous me percez l'âme.

Quel besoin d'accabler mon cœur de vos douleurs, 1125

Quand vous y pouvez tout sans le secours des pleurs?

Quel besoin que ces pleurs prennent votre défense?

Douté-je de son crime ou de votre innocence?

Et reconnoissez-vous que tout ce qu'il m'a dit

Par quelque impression ébranle mon esprit? 1130

ARSINOÉ.

Ah! Seigneur, est-il rien qui répare l'injure

Que fait à l'innocence un moment d'imposture?

Et peut-on voir mensonge assez tôt avorté

Pour rendre à la vertu toute sa pureté?

Il en reste toujours quelque indigne mémoire 1135

Qui porte une souillure à la plus haute gloire.

Combien, en votre cour est-il de médisants?

Combien le Prince a-t-il d'aveugles partisans,

Qui sachant une fois qu'on m'a calomniée,

Croiront que votre amour m'a seul justifiée? 1140

Et si la moindre tache en demeure à mon nom[ [951],

Si le moindre du peuple en conserve un soupçon,

Suis-je digne de vous, et de telles alarmes

Touchent-elles trop peu pour mériter mes larmes?

PRUSIAS.

Ah! c'est trop de scrupule, et trop mal présumer 1145

D'un mari qui vous aime et qui vous doit aimer.

La gloire est plus solide après la calomnie,

Et brille d'autant mieux qu'elle s'en vit ternie.

Mais voici Nicomède, et je veux qu'aujourd'hui....