SCÈNE V.

ÉOLE, huit Vents, CÉPHÉE, PERSÉE, PHINÉE, ANDROMÈDE, chœur de Nymphes, suite du Roi et de Phinée.

CÉPHÉE.

Arrêtez: ce nuage enferme une tempête

Qui peut-être déjà menace votre tête.

N'irritez plus les Dieux déjà trop irrités. 740

PHINÉE.

Qu'il crève, ce nuage, et que ces déités....

CÉPHÉE.

Ne les irritez plus, vous dis-je, et prenez garde....

PHINÉE.

A les trop irriter qu'est-ce que je hasarde?

Que peut craindre un amant quand il voit tout perdu?

Tombe, tombe sur moi leur foudre, s'il m'est dû! 745

Mais s'il est quelque main assez lâche et traîtresse

Pour suivre leur caprice et saisir ma princesse,

Seigneur, encore un coup, je jure ses beaux yeux,

Et mes uniques rois, et mes uniques Dieux....

ÉOLE, au milieu de l'air.

Téméraire mortel, n'en dis pas davantage; 750

Tu n'obliges que trop les Dieux à te haïr:

Quoi que pense attenter l'orgueil de ton courage,

Ils ont trop de moyens de se faire obéir.

Connois-moi pour ton infortune;

Je suis Éole, roi des vents. 755

Partez, mes orageux suivants,

Faites ce qu'ordonne Neptune.

(Ce commandement d'Éole produit[ [591] un spectacle étrange et merveilleux tout ensemble. Les deux vents qui étoient à ses côtés suspendus en l'air s'envolent, l'un à gauche et l'autre à droit[ [592]; deux autres remontent avec lui dans le ciel sur le même nuage qui les vient d'apporter; deux autres, qui étoient à sa main gauche sur les ailes du théâtre, s'avancent au milieu de l'air, où ayant fait un tour, ainsi que deux tourbillons, ils passent au côté droit du théâtre, d'où les deux derniers fondent sur Andromède, et l'ayant saisie chacun par un bras, ils l'enlèvent[ [593] de l'autre côté jusque dans les nues.)

ANDROMÈDE[ [594].

O ciel!

CÉPHÉE.

Ils l'ont saisie, et l'enlèvent en l'air.

PHINÉE[ [595].

Ah! ne présumez pas ainsi me la voler:

Je vous suivrai partout malgré votre surprise[ [596] 760