SCÈNE V.
CÉPHÉE, CASSIOPE, ANDROMÈDE, PHORBAS, AGLANTE, suite du Roi et de la Reine.
PHORBAS.
Mettez, grand roi, votre esprit en repos;
La tête de Méduse a puni tous ces traîtres.
CÉPHÉE.
Le ciel n'est point menteur, et les Dieux sont nos maîtres.
PHORBAS.
Aussitôt que Persée a pu voir son rival:
«Descendons, a-t-il dit, en un combat égal;
Quoique j'aye en ma main un entier avantage, 1675
Je ne veux que mon bras, ne prends que ton courage.
—Prends, prends cet avantage, et j'userai du mien,»
Dit Phinée; et soudain, sans plus répondre rien,
Les siens donnent en foule, et leur troupe pressée
Fait choir Ménale et Clyte aux pieds du grand Persée.
Il s'écrie aussitôt: «Amis, fermez les yeux,
Et sauvez vos regards de ce présent des cieux:
J'atteste qu'on m'y force, et n'en fais plus d'excuse[ [670].»
Il découvre à ces mots la tête de Méduse.
Soudain j'entends des cris qu'on ne peut achever[ [671]; 1685
J'entends gémir les uns, les autres se sauver;
J'entends le repentir succéder à l'audace[ [672];
J'entends Phinée enfin qui lui demande grâce.
«Perfide, il n'est plus temps,» lui dit Persée. Il fuit:
J'entends comme à grands pas ce vainqueur le poursuit;
Comme il court se venger de qui l'osoit surprendre;
Je l'entends s'éloigner, puis je cesse d'entendre.
Alors, ouvrant les yeux par son ordre fermés,
Je vois tous ces méchants en pierre transformés;
Mais l'un plein de fureur et l'autre plein de crainte,
En porte sur le front la marque encore empreinte;
Et tel vouloit frapper, dont le coup suspendu
Demeure en sa statue à demi descendu[ [673];
Tant cet affreux prodige....