SCÈNE VII.

ARSINOÉ, NICOMÈDE, ATTALE, ARASPE.

ARASPE.

Seigneur, le Roi vous mande.

NICOMÈDE.

Il me mande?

ARASPE.

Oui, Seigneur.

ARSINOÉ.

Prince, la calomnie est aisée à détruire. 1035

NICOMÈDE.

J'ignore à quel sujet vous m'en venez instruire,

Moi qui ne doute point de cette vérité,

Madame.

ARSINOÉ.

Si jamais vous n'en aviez douté,

Prince, vous n'auriez pas, sous l'espoir qui vous flatte,

Amené de si loin Zénon et Métrobate. 1040

NICOMÈDE.

Je m'obstinois, Madame, à tout dissimuler;

Mais vous m'avez forcé de les faire parler.

ARSINOÉ.

La vérité les force, et mieux que vos largesses.

Ces hommes du commun tiennent mal leurs promesses:

Tous deux en ont plus dit qu'ils n'avoient résolu[ [944]. 1045

NICOMÈDE.

J'en suis fâché pour vous, mais vous l'avez voulu.

ARSINOÉ.

Je le veux bien encore, et je n'en suis fâchée

Que d'avoir vu par là votre vertu tachée,

Et qu'il faille ajouter à vos titres d'honneur

La noble qualité de mauvais suborneur. 1050

NICOMÈDE.

Je les ai subornés contre vous à ce conte[ [945]?

ARSINOÉ.

J'en ai le déplaisir, vous en aurez la honte.

NICOMÈDE.

Et vous pensez par là leur ôter tout crédit?

ARSINOÉ.

Non, Seigneur: je me tiens à ce qu'ils en ont dit.

NICOMÈDE.

Qu'ont-ils dit qui vous plaise, et que vous vouliez croire?

ARSINOÉ.

Deux mots de vérité qui vous comblent de gloire.

NICOMÈDE.

Peut-on savoir de vous ces deux mots importants?

ARASPE.

Seigneur, le Roi s'ennuie, et vous tardez longtemps.

ARSINOÉ.

Vous les saurez de lui, c'est trop le faire attendre.

NICOMÈDE.

Je commence, Madame, enfin à vous entendre: 1060

Son amour conjugal, chassant le paternel,

Vous fera l'innocente, et moi le criminel.

Mais....

ARSINOÉ.

Achevez, Seigneur; ce mais, que veut-il dire?

NICOMÈDE.

Deux mots de vérité qui font que je respire.

ARSINOÉ.

Peut-on savoir de vous ces deux mots importants? 1065

NICOMÈDE.

Vous les saurez du Roi, je tarde trop longtemps[ [946].