SCÈNE III.

PSYCHÉ, seule.

Enfin, seule et toute à moi-même,785

Je puis envisager cet affreux changement

Qui du haut d'une gloire extrême

Me précipite au monument.

Cette gloire étoit sans seconde;

L'éclat s'en répandoit jusqu'aux deux bouts du monde;

Tout ce qu'il a de rois sembloient faits pour m'aimer;

Tous leurs sujets, me prenant pour déesse,

Commençoient à m'accoutumer

Aux encens qu'ils m'offroient sans cesse;

Leurs soupirs me suivoient sans qu'il m'en coûtât rien;

Mon âme restoit libre en captivant tant d'âmes;

Et j'étois, parmi tant de flammes,

Reine de tous les cœurs et maîtresse du mien.

O ciel, m'auriez-vous fait un crime

De cette insensibilité? 800

Déployez-vous sur moi tant de sévérité,

Pour n'avoir à leurs vœux rendu que de l'estime?

Si vous m'imposiez cette loi,

Qu'il fallût faire un choix pour ne pas vous déplaire[ [326],

Puisque je ne pouvois le faire, 805

Que ne le faisiez-vous pour moi?

Que ne m'inspiriez-vous ce qu'inspire à tant d'autres

Le mérite, l'amour, et.... Mais que vois-je ici?