SCÈNE IV.
ASPAR, LÉON, IRÈNE.
LÉON.
Vous me pardonnez bien, Seigneur, si je vous quitte:250
C'est suppléer assez à ce que je vous doi
Que vous laisser ma sœur, qui vous plaît plus que moi.
ASPAR.
Vous m'obligez, Seigneur; mais en cette occurrence
J'ai besoin avec vous d'un peu de conférence.
Du sort de l'univers nous allons décider: 255
L'affaire vous regarde, et peut me regarder;
Et si tous mes amis ne s'unissent aux vôtres,
Nos partis divisés pourront céder à d'autres.
Agissons de concert; et sans être jaloux,
En ce grand coup d'État, vous de moi, moi de vous,260
Jurons-nous que des deux qui que l'on puisse élire
Fera de son ami son collègue à l'empire;
Et pour nous l'assurer, voyons sur qui des deux
Il est plus à propos de jeter tant de vœux:
Quel nom seroit plus propre à s'attirer le reste. 265
Pour moi, j'y suis tout prêt, et dès ici j'atteste....
LÉON.
Votre nom pour ce choix est plus fort que le mien,
Et je n'ose douter que vous n'en usiez bien.
Je craindrois de tout autre un dangereux partage;
Mais de vous je n'ai pas, Seigneur, le moindre ombrage,270
Et l'amitié voudroit vous en donner ma foi;
Mais c'est à la princesse à disposer de moi:
Je ne puis que par elle, et n'ose rien sans elle.
ASPAR.
Certes, s'il faut choisir l'amant le plus fidèle,
Vous l'allez emporter sur tous sans contredit; 275
Mais ce n'est pas, Seigneur, le point dont il s'agit:
Le plus flatteur effort de la galanterie
Ne peut....
LÉON.
Que voulez-vous? j'adore Pulchérie;
Et n'ayant rien d'ailleurs par où la mériter,
J'espère en ce doux titre, et j'aime à le porter. 280
ASPAR.
Mais il y va du trône, et non d'une maîtresse.
LÉON.
Je vais faire, Seigneur, votre offre à la princesse;
Elle sait mieux que moi les besoins de l'État.
Adieu: je vous dirai sa réponse au sénat.