SCÈNE V.
MARTIAN, JUSTINE.
MARTIAN.
Justine, tu le vois, ce bienheureux obstacle705
Dont ton amour sembloit pressentir le miracle.
Je ne te défends point, en cette occasion,
De prendre un peu d'espoir sur leur division;
Mais garde-toi d'avoir une âme assez hardie
Pour faire à leur amour la moindre perfidie:710
Le mien de ce revers s'applique tant de part,
Que j'espère en mourir quelques moments plus tard.
Mais de quel front enfin leur donner à connoître
Les périls d'un amour que nous avons vu naître,
Dont nous avons tous deux été les confidents, 715
Et peut-être formé les traits les plus ardents?
De tous leurs déplaisirs c'est nous rendre coupables:
Servons-les en amis, en amants véritables;
Le véritable amour n'est point intéressé.
Allons, j'achèverai comme j'ai commencé: 720
Suis l'exemple, et fais voir qu'une âme généreuse
Trouve dans sa vertu de quoi se rendre heureuse,
D'un sincère devoir fait son unique bien,
Et jamais ne s'expose à se reprocher rien.
FIN DU SECOND ACTE.