SCÈNE VII.

DOMITIE, PLAUTINE.

DOMITIE.

Se taire et me quitter! Après cette retraite,

Crois-tu qu'un tel arrêt ait besoin d'interprète?

PLAUTINE.

Oui, Madame; et ce n'est que dérober au jour;

Que vous cacher le trouble où le met ce retour.

DOMITIE.

Non, non, tu l'as voulu, Plautine, que je vinsse655

Désavouer ici les vanités du prince,

Empêcher qu'un amant dont je n'ai pas le cœur

Ne cédât ma conquête à mon premier vainqueur:

Vois la honte qu'ainsi je me suis attirée.

Quand sa reine[ [239] a paru, m'a-t-il considérée? 660

A-t-il jeté les yeux sur moi qu'en me quittant?

PLAUTINE.

Pensez-vous que sa reine ait l'esprit plus content?

Avant que vous quitter, lui-même il l'a bannie.

DOMITIE.

Oui, mais avec respect, avec cérémonie,

Avec des yeux enfin qui l'éloignant des miens, 665

Lui promettoient assez de plus doux entretiens.

Tu me diras encor que la chose est égale,

Que s'il m'ose quitter, il chasse ma rivale.

Mais pour peu qu'il m'aimât, du moins il m'auroit dit

Que je garde en son âme encor même crédit:670

Il m'en auroit donné des sûretés nouvelles,

Il m'en auroit laissé quelques marques fidèles.

S'il me vouloit cacher le trouble où je le voi,

La plus mauvaise excuse étoit bonne pour moi.

Mais pour toute réponse, il se tait, et me quitte;675

Et tu ne peux souffrir que mon cœur s'en irrite!

Tu veux, lorsque lui-même ose se déclarer,

Que je me flatte encore assez pour espérer!

C'est avec le perfide être d'intelligence.

Sans me flatter en vain, courons à la vengeance;680

Faisons voir ce qu'en moi peut le sang de Néron,

Et que je suis de plus fille de Corbulon.

PLAUTINE.

Vous l'êtes; mais enfin c'est n'être qu'une fille,

Que le reste impuissant d'une illustre famille.

Contre un tel empereur où prendrez-vous des bras? 685

DOMITIE.

Contre un tel empereur nous n'en manquerons pas.

S'il épouse sa reine, il est l'horreur de Rome.

Trouvons alors, trouvons un grand cœur, un grand homme,

Un Romain qui réponde au sang de mes aïeux;

Et pour le révolter, laisse faire à mes yeux. 690

Juge, par le pouvoir de ceux de Bérénice,

Si les miens auront peine à s'en faire justice.

Si ceux-là forcent Tite à me manquer de foi,

Ceux-ci feront briser le joug d'un nouveau roi;

Et si de l'univers les siens charment le maître,695

Les miens charmeront ceux qui méritent de l'être.

Dis-le-moi, tu l'as vue, ai-je peu de raison

Quand de mes yeux aux siens je fais comparaison?

Est-elle plus charmante, ai-je moins de mérite?

Suis-je moins digne qu'elle enfin du cœur de Tite?700

PLAUTINE.

Madame....

DOMITIE.

Je m'emporte, et mes sens interdits

Impriment leur désordre en tout ce que je dis.

Comment saurois-je aussi ce que je te dois dire,

Si je ne sais pas même à quoi mon âme aspire?

Mon aveugle fureur s'égare à tous propos. 705

Allons penser à tout avec plus de repos.

PLAUTINE.

Vous pourriez hasarder un moment de visite,

Pour voir si ce retour est sans l'aveu de Tite,

Ou si c'est de concert qu'il a fait le surpris.

DOMITIE.

Oui; mais auparavant remettons nos esprits. 710

FIN DU SECOND ACTE.