XIII

Depuis que Moumoutte Chinoise vivait de cette vie en plein air, elle embellissait à vue d'œil. Les trous de sa fourrure de lapin râpé se regarnissaient de poils tout neufs; elle devenait moins maigre, plus lisse et plus soignée de sa personne, n'avait plus sa mauvaise mine de bête de Sabbat. Il arrivait que maman et tante Claire s'arrêtaient pour lui parler, amusées elles aussi de ses manières à part, de ses yeux expressifs et des petites réponses si douces: «Trr! trr! trr!» que jamais elle ne manquait de faire quand on lui avait adressé la parole.

—«Vraiment, disaient-elles, cette Chinoise a l'air heureux chez nous; jamais nous n'avions vu figure de chat plus contente.»

L'air heureux, en effet; même l'air reconnaissant envers moi qui l'avais amenée.—Et le bonheur des bêtes jeunes est complet peut-être, parce qu'elles n'ont pas comme nous l'appréhension de l'inexorable avenir.—Elle passait des journées contemplatives délicieuses, dans des poses de bien-être, étalée nonchalamment sur les pierres et la mousse, jouissant du silence—un peu mélancolique pour moi—de cette maison que les canons sourds ni les coups de mer ne venaient plus jamais troubler. Elle était arrivée au port lointain et tranquille, à l'étape dernière de sa vie,—et s'y reposait sans avoir conscience de la fin.