LV
Mais le surlendemain arriva ce faire-part (1) manuscrit, dans lequel
André, dès quil déchira lenveloppe, crut reconnaître lécriture de
Djavidé Hanum:
"Allah!
Feridé-Azâdé-Djénane, fille de Tewfik Pacha Darihan Zâdé et de Seniha
Hanum Kerissen, vient de mourir ce 14 Zilkada 1323.
Elle était née le 22 Redjeb 1297, à Karadjiamir.
Suivant sa volonté, elle a été inhumée dans le Turbé des vénérés Sivassi dEyoub, pour y dormir son dernier sommeil.
Mais ses yeux, qui étaient purs et beaux, se sont rouverts déjà, et Dieu, qui la beaucoup aimée, a dirigé son regard vers les jardins du paradis, où Mahomet, notre prophète, attend ses fidèles.
Nous tous qui mourrons, notre prière monte vers toi, ô Djénane-Feridé- Azâdé, et te demande de ne pas nous oublier dans ton appel. Et nous, tes humbles amies, nous suivrons la voie lumineuse que tu nous auras tracée.
O Djénane-Feridé-Azàdé, que le rahmet (2) dAllah descende sur toi!
Khassim-Pacha, 15 Zilkada 1323."
Il avait lu avec hâte et avec trouble; dabord la forme orientale de cette note ne lui était pas familière, et puis, tous ces noms différents quavait Djénane, il ne les connaissait pas à première vue ils le déroutaient…. Et il fallut presque des minutes avant quil eût bien irrévocablement entendu quil sagissait delle….
(1). En Turquie, on nenvoie point de lettres de faire-part pour les morts. On avertit les amis éloignés par un entrefilet de journal, ou une note manuscrite, toujours à peu près dans la forme ci-dessus. (2). Rahmet. (La suprême miséricorde, le grand pardon divin qui efface tout.) On dit toujours pour un mort dont le nom est cité: "Allah rahmet eylésun!" (Dieu lui donne son rahmet!) comme on disait chez nous jadis: "Que Dieu ait son âme!"