VI

(Émanant du Consulat austro-hongrois sur l'entrée des Serbes à Prizrend le 5 novembre dernier.)

Peu après que les troupes serbes eurent pénétré en ville, nous entendîmes la fusillade de l'infanterie dans les rues. M. Prochaska me dit alors avec indignation : « C'est une trahison. Les Serbes sont en train de tirer sur les habitants qui ne leur font rien. »

Dans le consulat se trouvaient, en plus du consul, son secrétaire, deux kawas, un marchand italien, un sujet allemand et deux voyageurs autrichiens. En outre, il s'y trouvait également vingt-deux blessés, dix-huit familles de la ville, plusieurs dames qui se chargeaient de prendre soin des blessés et un assez grand nombre d'enfants.

Une section de soldats serbes conduite par un officier à cheval apparut alors devant le consulat. L'officier demanda à parler au consul. M. Prochaska vint alors à la porte. Le chef lui renouvela l'ordre d'ouvrir le consulat afin d'y placer les soldats serbes blessés et afin de permettre la recherche des traîtres turcs qui auraient pu s'y réfugier.

M. Prochaska répondit, avec politesse mais avec fermeté, que l'hôpital était déjà plein de blessés. L'officier repartit : « Oui, il est plein de misérables Albanais, et ceux-là, nous les jetterons dehors. »

Le consul riposta : « Messieurs, je vous ferai remarquer que le terrain sur lequel se trouve le consulat est un terrain neutre, et qu'il jouit de la protection de la monarchie que je représente. Vous voyez flotter sur ces murs le drapeau autrichien, et en outre le signe de la Croix-Rouge internationale. »

Le Serbe lui répliqua : « Ce sont là des mots inutiles. Je vous ordonne d'ouvrir. »

M. Prochaska ne fit à ces paroles aucune réponse et rentra dans son bureau. L'officier serbe donna l'ordre à ses soldats de pénétrer de force dans le consulat. Avec des bravos et des cris insultants pour l'Autriche-Hongrie, les soldats arrachèrent le drapeau austro-hongrois et le traînèrent dans la boue. La porte fut ouverte avec violence, les soldats escaladèrent le mur de l'entrée et pénétrèrent dans le bâtiment. Les familles des Albanais qui s'y étaient réfugiés furent tuées sans merci. Il en fut de même des blessés qui furent massacrés dans leur lit. Les femmes et les enfants furent tués.

Il y eut des Serbes qui allèrent jusqu'à souiller des cadavres.

Le consul protesta solennellement. Les Serbes lui répondirent par des ricanements.

(Communiqué par M. J. Odelin, de l'Œuvre.)