Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée. Les numéros des pages blanches n'ont pas été repris.

[i] [ii] [iii] [iv] [v]

LE TOUR
DE L'ESPAGNE
en Automobile

[vi]

DU MÊME AUTEUR:

Voyage en Dalmatie, Bosnie-Herzégovine et Monténégro.—Lyon, 1905. A. Rey et Cie, éditeurs.

Les Lacs italiens.—Lyon, 1906. Waltener et Cie, éditeurs.

Un voyage à Constantinople.—Lyon, 1907. Waltener et Cie, éditeurs.

PARIS TYP. PLON NOURRIT ET Cie, 8, RUE GARANCIÈRE.—12599.

[viii]

LA FORÊT DE PALMIERS D'ELCHE

[ix]

PIERRE MARGE

LE TOUR
DE L'ESPAGNE
EN AUTOMOBILE

ETUDE DE TOURISME

Ouvrage illustré de gravures dans le texte et hors texte
d'après des photographies de l'auteur

PARIS
LIBRAIRIE PLON
PLON-NOURRIT et Cie, IMPRIMEURS-ÉDITEURS
8, RUE GARANCIÈRE—6e


1909

[x]

Tous droits de reproduction et de traduction réservés pour tous pays.

Published 16 July 1909.

Privilege of copyright in the United States
reserved under the Act approved March 3d 1905
by Plon-Nourrit et Cie.

[xi]

A mon ami Adrien Pondeveaux, au compagnon
de route, charmant et dévoué, ces lignes
sont dédiées.

Pierre Marge.

[xii]

LE
TOUR DE L'ESPAGNE
EN AUTOMOBILE

Théophile Gautier, dans son Voyage en Espagne, a dit: «Il faut visiter les pays dans leur saison violente; l'Espagne en été, la Russie en hiver.»

Si tel est l'avis de l'éminent écrivain, qui fit en effet son voyage en été, ce n'est certes pas celui de maints officieux qui, apprenant que je partais pour la vieille Ibérie au mois d'août, n'ont pas manqué de me dire:

—Mais vous êtes fou d'aller en Espagne en été; sachez que la chaleur y est torride, insupportable.

—Qu'importe, nous nous vêtirons légèrement, ai-je répondu.

—Vous attraperez des insolations.

—Nous nous coifferons de larges panamas!

—Apprenez que dans ce pays les hôtels sont d'une saleté repoussante, vous serez dévorés par les petites bêtes.

—Nous emporterons de la poudre insecticide!

—Les chemins y sont affreux, vous casserez votre automobile, vous ne pourrez achever votre voyage.

—Les mauvaises routes me connaissent, mon auto ne se cassera pas et dussé-je aller doucement, je passerai partout et finirai parfaitement mon voyage, ai-je encore reparti de l'air le plus tranquille.

C'est incroyable ce qu'avant chaque départ pour un de mes longs voyages en automobile j'ai trouvé de gens—auxquels je ne demandais rien du tout—qui se sont chargés de me prédire mille difficultés. On dirait franchement que ceux qui restent aimeraient obliger à rester ceux qui partent.

Et chaque fois que je mettais ces conseilleurs obligeants au pied du mur, leur profonde science s'évanouissait subitement. L'un d'eux me disait:

—Dans le sud de l'Espagne vous ne pourrez pas passer, il n'y a point de routes et sur les rivières point de ponts.

Moi qui avais déjà, sur place même, pris tous mes renseignements, je répondis:

—Ah! bah! vous y êtes allé?

—Non, mais on m'a dit!......

Malgré les sinistres avis qui m'étaient donnés sur le sort qui nous attendait en Espagne, je n'en continuais pas moins à faire tous mes préparatifs et j'aspirais, avec une impatience fébrile, au moment de me jeter dans cet océan de dangers qui m'était si gracieusement promis. Je ne me dissimulais pas que c'était un voyage dur et difficile que nous allions entreprendre, mais cette difficulté sollicitait nos âmes ardentes de touristes; c'était du vrai sport que nous allions faire, et puis, quels beaux pays, quelles contrées curieuses nous attendaient!

Les renseignements minutieux que j'avais pris sur les lieux au moyen des correspondants que je possède dans la Péninsule, les détails abondants que j'avais obtenus du Royal Automobile Club d'Espagne, dont je tiens à louer ici la si courtoise obligeance, m'avaient démontré qu'en été seulement on peut parcourir la totalité des routes espagnoles. Enfin je suis de l'avis de Théophile Gautier: on doit voir le pays au moment où toutes leurs caractéristiques se trouvent réunies; la chaleur en est une de l'Espagne, si je ne m'abuse. L'Espagne sans chaleur n'est plus l'Espagne. Donc je choisis le mois d'août à dessein.

Inutile de dire que je fis mes préparatifs avec des précautions infinies. Je décidai de partir sur ma 100 chevaux «La Buire» afin d'avoir toujours quelques bons chevaux de réserve dans les endroits difficiles. J'emportais un arsenal de pièces de rechange, un magasin d'approvisionnements divers, une colline de carbure, une fondrière de graisse, un lac d'huile. Un garde-manger bien garni était capable d'assurer nos estomacs contre tous les risques de jeûne pendant au moins vingt repas... on ne sait jamais où l'on sera obligé de faire étape et je me rappelais certaine nuit passée jadis sans dîner au sommet du Vélébit en Dalmatie! Enfin une véritable bibliothèque, contenant guides, cartes et plans, devait suppléer aux indications qui pouvaient être absentes sur les routes espagnoles.