DÉDICACE

A LA MÉMOIRE D'ÉPHRAÏM MIKHAEL

Tu t'en allas, un soir de mai: la ville en fête

Haletait de printemps, de jeunesse et d'amour,

Et tu nous as quittés pour la nuit sans retour,

Ame mélancolique et toujours inquiète.

En vain les mornes dieux, formidables et doux,

Ont détaché ta main de nos mains fraternelles:

Le sel âcre des pleurs brûle encor nos prunelles

Quand ta voix, triomphant des heures, chante en nous

Et fait surgir parmi les roses des vesprées,

Sous des voiles tissus de soleils et de cieux,

Une vierge dolente au regard anxieux

Qui nous appelle et fuit vers les ombres sacrées.

Forme grave dressée au seuil mauvais du sort,

Image de fierté qui pleurait et s'est tue,

Ma bouche te cherchait d'une lèvre éperdue;

Mais j'ai heurté du front les portes de la mort

Hélas! et tu survis dans nos seules mémoires

Et sans que rien m'entende au tombeau souterrain,

Je fixe tristement sur le vantail d'airain

Avec l'amer laurier les palmes illusoires.