Comment lucresse escrit a eurialus qu'elle se rend a luy et lui donne son amour

Non possum tibi amplius & cetera

Euriale cher et amy parfait

Je ne pourroys contre toy resister

Et si ne puis par moyen ne par fait

De ton amour mon cueur desheriter

Tu m'as vaincue tienne suis sans doubter

Ha moy lasse qui tes lettres receu

En grans perilz il me convient bouter

Puis que d'amours vueil congnoistre le jeu

Nisi tua me fides

En grans dangiers certes me trouveré

Si tes bonnes vertus foy et prudence

Ne subviennent ne sçay que je feré

Je te supply pren bien garde et y pense

D'entretenir comme j'ay ma confidence

Ce que as promis et escrit tant de foys

A ceste heure sans plus faire d'instance

En ton amour legierement m'en voys

Si me deseris et crudelis &c.

Se me laisses de tous seras le pire

Traitre et cruel que jamés dame vit

Une femme est aisee a seduire

Mais de tant que plus aise on la seduit

De tant en est le fait aussy le bruit

Plus infame pour cil qui ce meffait

Avant que entrer plus avant ou deduit

Avison bien qu'il n'y ait rien forfait

Si putas me deserendam.

Se tu me veulx laisser quelque saison

Dy le moy tost ains que amours plus me blesse

Ne commençon chose dont nous puisson

Nous repentir bien forvoye qui s'adresse

Car de tous faitz par prudence & sagesse

On doit la fin prevoir et aviser

Femme je suis qui n'ay pas la noblesse

Ne le savoir de la fin bien viser

Tu vir es te mei et tui & cetera

Tu es homme qui la charge prendras

Et la cure totalle de nous deux

Et des present le faict entreprendras

A toy me rens donne & livre en tous lieux

Ta foy suivray soyes jeune ou vieux

Je ne me rens a toy pour aucuns jours

Tant que la mort par dart pernicieux

Nous separe tienne seray tousjours

Vale meum presidium & cetera

Adieu te di mon amour ma deffence

Tout mon plaisir conduite de ma vie

Quant les amans eurent a souffisance

Escript assés d'une et d'autre partie

Et que l'amant pour vray n'escrivoit mie

Si ardamment que lucresse faisoit

Ung seul desir avoit je vous affie

Comme seul a seul ensemble on parleroit

Sed arduum ac pene impossibile

Mais se sembloit chose pres que impossible

Pour la grande multitude des yeux

De toutes gens qui prenoient au possible

Sur lucresse garde comme envieux

Jamais n'aloit seule en quelquonques lieux

Sans garde avoir car de juno la vache

Ne fut oncques par fait si curieux

Gardee d'argus comme lucresse sans tache

Menelaus jusserat observari

Menelaus qui estoit son espoux

Avoit ainsi commandé la garder

Car ce vice d'estre ung peu trop jaloux

Es ytalles voit on fort habunder

On n'oseroit leurs femmes regarder

Comme tresor/ sont en chambre recluses

Trop grant prouffit n'y sauroie regarder

On pert souvent choses soubz clef incluses

Sunt enim fere eiusmodi mulieres omnes

Et les femmes sont de ceste nature

Pres que toutes qu'il desirent avoir

Ce que on leur a par diligente cure

Soit main ou soir prohibé c'est le voir

Se on les prie ce n'est pas leur vouloir

Quant on ne veult lors desirent que on prie

Se on leur lache la bride a leur povoir

Elle se efforcent faire moindre folie

Tam facile est invitam custodire mulierem quam in fervente sole pulicum gregem observare

Garder femme de faire a son plaisir

Quant une fois ne veult autrement faire

N'est possible point plus que de tenir

A la grande chaleur de corps solaire

Quelque assemblee de puces soy retraire

Et chastement vivre quant ne luy plaist

A nature de femme est contraire

Se de sa part et costé chaste n'est

Frustra maritus nititur apponere servantes

Et ne prouffite aux mariz les garder

Par serviteurs car femme est trop subtille

Elle sçaura cautement regarder

L'un des servans plus tost que au sault laquille

La folie & n'eust il croix ne pille

Pour des siennes jouer commencera

Avec cellui qu'elle voirra plus abille

Et qui son fait mieulx celer elle voirra

Indormitum animali est mulier &c.

Femme est beste que on ne peut chastier

Ne avecques frain quelquonques retenir

Car elle scet ses longs poins espier

Quant elle veult aller ou revenir

Lucresse sceut a ses fins parvenir

Ung frere avoit le quel bastard estoit

Pour de lettres euriale fournir

De ces amours messager le faisoit