L'acteur dit que tout est gouverné par fortune par la quelle dieu est entendu
Quis non favorabilem &c
Qui est celuy qui du vent favorable
De fortune ne veult estre mené
Car de bon eur c'est chose veritable
Une heure plus que vauldroit a l'omme né
Que de venus estre recommandé
Par ses lettres au dieu mars de batailles
Sages dient quant ont bien regardé
Que fortune ne leur peut rien qui vaille
Hoc ego sapientibus concedo
A telz sages leur propos je confesse
Qui seulement de vertus riches sont
Et qui povres malades en tristresse
Vie eureuse posseder se diront
Des quelz oncques en valee ne en mont
Aucun ne vi et ne croy qu'il en soit
Quelque ung dient ce que dire vouldront
Et les suive qui bien dire les croyt
Communis hominum vita favoribus fortune indiget
Ceste vie mestier et besoing a
Des grans faveurs de fortune & ses biens
Moult grande auctorité el a
Quant elle donne aux ungs es autres riens
L'ung hault lieve l'autre laisse ou fiens
Qui a perdu pacorus fors fortune
D'omme prudent il trouva les moyens
Quant en la fleur mist l'epistre pour une
Nonne prudentis consilii fuit beneficio & cetera
De homme prudent l'office excerça
Secondement quant l'epistolle mist
En pelote de neige et la lança
Vers lucresse et ce aucun dit qu'il fist
Moins cautement je respons quant transmist
La pelote se fortune eust voulu
Le secourir difficulté n'y gist
Qu'il n'eust esté sage et prudent tenu
Comment la pelote de neige en la quelle estoient les lettres de pacorus vint es mains de menelaus mary de lucresse & s'en fuyt pacorus du pais
Sed obstans fatum pilam & cetera
Mais fortune hors des mains de lucresse
La pelote jusques au feu envoia
Ce matere fut de neufve tristesse
Car quant le feu la nege fondue a
Et la cire remise on avisa
L'epistolle qui a brusler prenoit
Aperceue fut par ceulx qui estoient la
Menelaus y fut qui la lisoit
Novasque lites excitaverunt quas pacorus &c
L'epistole qui entre les mains vint
De ce mary nouveau bruit commença
En la cité pacorus ne se tint
Mais par fuite le danger evita
De ce fait cy la rumeur transvola
A eurial qui son prouffit en fist
Car de aller voir lucresse proposa
Pour les moyens trouver son engin mist
Comment eurialus charchoit les moyens par lesquelz pourroit entrer chés lucresse & de la ruelle par la quelle on povoit entrer en la chambre
Nam vir dum gressus & actus pacori speculatur &c
Tandis que menelaus charchoit
Deça et la pacorus pour le prendre
A eurial espace et temps donnoit
De parvenir a ce ou vouloit tendre
Et si est vray chascun le peut entendre
Que on ne garde pas bien facilement
Une chose qui tant de gens sourprendre
Veulent par leur engin subtillement
Expectabant amantes post primum concubitum secundas nuptias
Les deux amans attendoient chascun jour
Comment pourroient pour la seconde fois
Faire le jeu d'amours et du retour
Tresgrant desir avoient comme je croy
Une ruelle lieu petit et estrois
Entre lucresse et son voisin estoit
Par la quelle sans faire grans effrois
Chés lucresse lancer on ce povoit
Per quem podibus in utramque pacietam porrectis in fenestram &c
Car on povoit tout acoup afourcher
D'une paroy sur l'autre aisement
Et puis de la par la fenestre entrer
En la chambre de lucresse coyement
Mais ce povoit on par nuyt seulement
Menelaus aux champs devoit aller
Moult ennuya aux deux son partement
Car il devoit la nuyt aux champs coucher
Comment sozie mist eurialus dedans une estable parmy du fein & comment il fut pres que trouvé par dromo page n'eust esté sozias
Fit recessus mutatis eurialus vestibus in viculum se recepit
Menelaus partit et s'en ala
En sa maison qu'il avoit au village
Eurialus gueres ne sejourna
Tout son habit mua et de courage
En la rue cherchant son avantage
Secretement embuscher s'en ala
Une estable avoit pour son usage
Menelaus ou sozie le bouta
Ibi nocte manens sub feno latebat
Dedens le fein se mist eurialus
Ou partie de la nuyt sejourna
Dromo lors page de menelaus
Palefrenier second y arriva
Qui des chevaulx la cure & charge a
Et pour emplir les rateliers s'employe
Pres du costé d'eurialus tira
Du fein a poy que tout il ne desploie
Eratque amplius suscepturus ac eurialum furca percussurus &c
Dromo estoit tout fin prest de tirer
Et abatre du fein plus largement
Et avecques sa fourche rencontrer
Eurialus: mais sozie promptement
Le grand peril avisa sagement
Puis a dromo dist: mon frere et amy
Que je acheve cest euvre hardement
Je passeré a ce temps et ennuy
Tu interea loci vide an cena nobis sit instructa
Tandis que je aux chevaulx bailleré
Ce qu'il leur fault vat'en en la cuisine
Et regarde se on a bien labouré
Pour le souper car je te determine
Que nous devons tant que la chiche mine
Nostre maistre est hors de la maison
Boire et gaudir a ce mon cueur s'encline
Nous lui devons bien faire sa raison
Melius est nobis cum domina quam cum illo
Trop mieulx nous est avec nostre maistresse
Que avecques lui grande est la difference
Car il n'est rien plus joyeux que lucresse
Plus liberal ne de plus grand clemence
Quant est de lui tousjours rechine ou tance
Il crie/ il brait/ il brule de avarice
On n'a jamés avec lui pacience
Difficile est rien n'est plus mal propice
Nunquam nobis bene est dum ille adest
Jamés n'avons bonne chere ou il est
Il chastie nos ventres par juner
Tout mort de fain & affamé il est
Pour nous autres maigrir & crucier
Croutes moisies & miettes serrer
Pour les mettre l'endemain sur la table
Fait: il n'est homs qui en sceust endurer
Se lucresse n'estoit plus amiable
Uniuscuiusque cene anguillas salsas &c
Et le poisson salé qui lui demeure
De son soupper soit anguille ou brochet
Pour lendemain fait garder a tout heure
Tout est conté soit chief d'ail ou poret
Il merche tout & clot soubz son signet
Miserable est de vouloir estre chiche
Par telz moyens car rien si sotelet
N'est que vivre povre pour mourir riche
Quanto melius nobis cum hera
Trop fait meilleur avec nostre maistresse
Qui ne seroit contente de donner
A ses servans viandes a largesse
Car el ne veult seulement festoier
De beaulx chevreaulx mais fait appareiller
Graces poulles/ faisans & gras oyseaulx
Et du meilleur vin qui soit ou celier
Leur arrouse leurs gosiers et museaulx
I dromo cura ut quam nucta coquina sit & cetera
Vat'en dromo cours bien legierement
Ayes cure & soing de la cuisine
Dromo respond: j'en auray soing vrayement
A la table mettre mon cueur s'encline
Plus que aux chevaulx froter la chiche mine
Nostre maistre j'ay jusques aux champs mené
Mal lui vienne car parolle ne signe
Onc ne m'a dit tant que suis retourné
Nisi vesperi cum me remisit &c
Sur le vespre m'a dit que je retourne
Et les chevaulx remmaine avecques moy
A ma dame que die qu'el sejourne
Pour au jourd'uy ainsi je lui diroy
Puis il m'a dit je ne retourneroy
Point au gitte tout vient bien a propos
Bonne chere au jourd'uy je feroy
Du vin beré encor plus de trois pos
Ha laudo te sosia
Ha sozie mon amy je te loue
De ainsi hair les meurs de ce viellart
Car par ma foy aux sains & dieu je voue
Que ja pieça feusse allé autre part
Changer maistre se la prudence et art
De ma dame par souppes que au matin
El me donnoit ne m'eust matin & tart
Entretenu prins eusse autre chemin
Nichil dormiendum est hac nocte
Il ne convient point dormir ceste nuyt
Boire nous fault d'icy que le jour vienne
Devourons tout: assés y a pain cuyt
Qui se faindra male fievre le tienne
Nostre maistre quant il vouldra revienne
Mais en ung moys autant ne gaignera
Que despendrons de quelque lieu qu'el vienne
En ung soupper: bien employé sera