I
Il est des jours, Dieu me pardonne!
Où, sans mentir,
Je sauterais de la Colonne
Pour en finir.
D'où vient cette mélancolie?
Voyons un peu:
Suis-je en veine de poésie?
Mais non, par Dieu!
Est-ce un de ces spleens qu'on éprouve
Quand, par moment,
Votre étourdi de coeur se trouve
Seul en aimant?
Suis-je dans mes jours de tristesse?
Ai-je un trésor
Caché dont le souci m'oppresse?
Ou bien encor
La province me semble-t-elle
Bête à ce point
Qu'il n'est rien qu'on puisse chez elle
Trouver à point?
La connaissez-vous, la province?
Pour aujourd'hui,
Hélas! j'y bâille comme un prince
Mourant d'ennui.
Lyon! dire qu'on y demeure!
Séjour mortel!
Si je couche ici, que je meure
Dans cet hôtel!
Par hasard, est-ce que vous êtes
De mon avis,
Que rien, même en ses jours de fêtes,
Ne vaut Paris?
Car Paris! ah! mademoiselle,
C'est là qu'on vit;
C'est là que la femme est fidèle,
A ce qu'on dit.
C'est là que l'Amour vend ses pommes
Et mille riens,
Et c'est le pays des grands hommes
Et des vauriens.
Ah! c'est beau, Paris! Pour les femmes,
Quel paradis,
Et quel purgatoire, ô mesdames,
Pour les maris!
Ces pauvres gens … mais je m'arrête;
Car, Dieu merci!
Pas plus que vous ne m'inquiète
Un tel souci!
Mon avis, puisque la franchise
Est de saison,
Est que vous avez, quoi qu'on dise,
Toujours raison;
D'abord parce que, dans la vie,
Autant qu'on peut,
Je trouve qu'il faut suivre un peu
Sa fantaisie;
Et puis, vous savez bien, Ninon,
Vous que j'implore,
Que, tout ce que vous trouvez bon,
Moi je l'adore.
Et je le dis sincèrement,
Chacun avoue,
Femmes, que le bon Dieu vous doue
Très-joliment.
Et qu'il n'est pas un homme au monde
Qui vaille enfin
La moindre fille, brune ou blonde.
C'est bien certain.