I

Au plein coeur de l'été, vers le milieu du jour,
A l'heure où, des coteaux qu'un ciel ardent calcine,
Le serpent vient dormir au bord de la ravine;
Quand l'air semble sortir de la bouche d'un four,
Et que le grand soleil, brûlant comme la braise,
Grille un sol crevassé comme un mur de fournaise;
Alors que la cigale au chant criard et faux
Dont la monotonie est comme une cadence,
Fait, seule, de son cri résonner les échos;
A cette heure de calme et de profond silence,
C'est un fait reconnu que tout bon musulman,
Fermé dans sa maison, fume nonchalamment;
Et, suivant sa fumée en spirales tordue,
S'il entend par hasard quelque bruit dans la rue,
Murmure entre ses dents, s'il est homme de bien:
«Par Mahomet! ce n'est qu'un chien ou qu'un chrétien.»