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Paris, 11 juillet 1862.
Mon cher Panizzi,
Je donne demain à dîner à Saint-Germain, au docteur Maure, à Cousin et Mignet, à miss Lagden et mistress Ewers. Nous boirons à votre santé. Précisément le prince Napoléon s'est avisé de m'inviter ce jour-là. Je suis allé faire mes excuses à son chambellan, qui m'a promis d'arranger l'affaire.
Le duché de Morny ne me paraît pas faire un très bon effet. Ce pays-ci est trop démocratique pour ces façons-là. Je croyais que Morny était trop peu poétique pour faire cas d'un titre tout sec.
L'empereur est admirablement reçu dans son petit voyage. Il a parlé bien à l'archevêque de Bourges.
Il y a quelques jours, la princesse Mathilde avait eu l'imprudence d'aller à la messe à Saint-Gratien, où elle a une maison de campagne. Le curé s'est avisé de faire une prière improvisée, pour que le bon Dieu ouvrît les yeux des grands de la terre, et leur inspirât de ne plus persécuter le vicaire de Jésus-Christ. La princesse s'est levée furieuse, et est sortie de l'église sur-le-champ. Le bon, c'est que toute l'assistance l'a suivie et le curé est resté tout seul avec son bedeau.
Adieu; portez-vous bien et accoutumez-vous à supporter sans émotion la vue de vos beaux arbres et de votre parc.