CXL
Paris, 9 novembre 1863.
Mon cher Panizzi,
L'histoire de lord Palmerston m'a mis en belle humeur pendant trois jours. Il paraît, par une lettre d'avocat, que la partie lésée ne veut pas entendre à un arrangement; et qu'il y aura procès. Que ce pauvre Ellice aurait ri avec nous s'il était encore de ce côté de l'Achéron. Lady Palmerston, qui est une femme d'esprit, doit au fond se soucier très peu de l'infidélité; mais le scandale, à cet âge, est plus grave, et la reine doit faire une grise mine à son premier ministre. En France, un homme d'État ne résisterait pas probablement à ce flot de ridicule. Je ne sais pas comment la chose sera prise en Angleterre. Du reste, si l'on fait une souscription pour élever une statue à lord Palmerston, inscrivez mon nom après le vôtre. Je crains qu'on ne nous en élève pas de semblables.
Il paraît que le discours de l'empereur a plu généralement. Il est fort habile, et, quoique la réunion d'un congrès européen soit une chose pratiquement bien difficile à réaliser, il met tous les souverains dans un grand embarras, et les souverains qui refuseront seront mal notés par leurs peuples. C'était la seule partie vulnérable qu'il a touchée dans les notes du prince Gortchakof. Le discours de M. de Morny a également fait un bon effet par son ton conciliant et comme il faut. En somme, la session, qui semblait devoir, s'ouvrir sous de très mauvais auspices, pourra bien être meilleure qu'on ne l'avait prévu. Je vais voir M. Fould et entendre probablement son rapport, qui, dit-on, est rassurant.
Adieu, mon cher Panizzi; tenez-vous en joie et santé s'il est possible. Rappelez-moi au souvenir de nos amis.