LXXXIII

Biarritz, 15 septembre 1861.

Mon cher Panizzi,

J'ai reçu, mardi dernier, une dépêche télégraphique conçue en ces termes: «Venez sans culottes!» Je suis parti le soir même, et, depuis mercredi, je suis l'hôte de Leurs Majestés. C'est une petite villa très jolie, un peu trop près peut-être de la mer, qui se permet de faire trop de tapage pour mon goût particulier. Il n'y a que très peu de monde, et j'y suis le seul étranger à la maison. Depuis mon arrivée, on m'a tenu tellement en courses ou en travail (vous savez quel travail), que je n'ai pas encore pu vous donner de mes nouvelles.

Hier, nous avons fait une assez longue excursion qui n'a pas trop bien réussi, car nous sommes revenus tous trempés comme des soupes. Nous sommes allés voir une terre très grande que l'empereur a donnée à M. Walewski dans les Landes. Ce sera très beau, dit-on, quand ce sera arrangé. Présentement, il y a tout à faire, jusqu'à de la terre à trouver, car il n'y a encore que des marais.

L'autre jour, on a fait prendre au prince impérial son premier bain de mer, et très maladroitement, suivant moi, on l'a jeté dans l'eau la tête la première, en sorte qu'il a eu grand'peur. On lui en a fait des reproches, et on lui a demandé pourquoi, lui qui ne sourcillait pas devant un canon chargé, il avait peur de la mer. Il a répondu sans être soufflé: «C'est que je commande au canon, et que je ne commande pas à la mer.» Cela m'a paru assez philosophique pour un prince qui n'a pas encore six ans.

Biarritz est plein de monde de tous les pays. Il y a force dames de tout rang et de toute vertu, toutes avec les toilettes les plus extraordinaires qu'on puisse imaginer. La plage ressemble à un bal de carnaval.

Adieu, mon cher Panizzi; je vous souhaite santé et prospérité.