LXXXIX

Compiègne, 16 novembre 1861.

Mon cher Panizzi,

Je suis ici depuis huit jours et j'ai assisté à la petite comédie ministérielle qui s'est jouée. Elle s'est terminée comme vous avez vu. Notre ami est entré par une très bonne porte. Je l'aurais désirée plus large pour lui, mais il ne se peut rien de plus honorable que la lettre de l'empereur. Il a été également très bien traité par l'impératrice, et les préventions qu'il a pu craindre autrefois paraissent tout à fait dissipées à présent. Cependant il est évident qu'il entre dans un cabinet où il a des ennemis très acharnés, sinon très dangereux, et je prévois sous peu des batailles à livrer. X. paraît un peu écorné. Ce qu'il dit ici de bêtises aux uns et aux autres n'est pas croyable. C'est la médiocrité ou plutôt la nullité personnifiée, accompagnée d'une vanité puérile à laquelle il faut des fiocchi continuels.

La mort du roi de Portugal est venue rompre toutes nos fêtes. Celle de l'impératrice, entre autres, est renvoyée au 22, lorsque le deuil sera dans sa seconde phase. Les bouquets ont été contremandés. Cependant M. Nigra m'en a envoyé un énorme que j'ai fait remettre à Sa Majesté sans lui dire de quelle part. Mais on a reconnu le masque, car il avait eu soin d'y mettre une profusion de rubans aux couleurs italiennes.

Nous avions ici quatre highlanders sans la moindre culotte: le duc d'Athole, lord Murray, lord Dunmore et lord Tullybardine. Hier, ils ont dansé des reels avec leurs pipers. Ils sont fort bons diables, et ont l'air de s'amuser. Ce n'est pas le cas pour tout le monde.

Si vous aviez entendu, il y a deux jours, l'empereur parler des affaires d'Italie, vous auriez été assez content. Nigra, qui a passé les huit premiers jours du mois à Compiègne, m'a paru très reconnaissant de l'accueil qui lui a été fait. Cela ne veut pas dire qu'on quitte Rome; mais je crois que la question fait des progrès.

On descend pour déjeuner. Je n'ai que le temps de vous dire adieu.