CIX

Cannes, 21 décembre 1866.

Mon cher Panizzi,

Rien n'est encore décidé au sujet du voyage qui nous inquiète. Le général Fleury, que je viens de voir, m'en donnait l'assurance, il y a une heure. Je crois, pour ma part, que l'inconcevable discours d'adieu de Sa Sainteté aux officiers français a fait plus d'effet que tous les raisonnements qu'on a pu faire. Les Vénitiens d'autrefois disaient qu'ils étaient Vénitiens avant d'être chrétiens ; notre auguste hôtesse est impératrice avant d'être chrétienne.

Le général Fleury paraissait extrêmement content du roi, et de Ricasoli encore plus. Il me dit que c'est un homme tout d'une pièce, sur la parole duquel on peut compter absolument. Ici, on est très content du discours du roi à l'ouverture du Parlement.

On nous annonce ici pour demain l'arrivée de lord Russell, qui viendrait faire quelque séjour, car on lui cherchait une villa, rara avis, en ce moment, où tout est plein. J'irai lui faire ma cour dès que je le saurai installé.

Malgré la lune et le soleil, je ne suis guère content de ma santé. Je respire tous les jours plus difficilement. Quelquefois j'en prends mon parti, d'autres fois cela m'agace et me donne les blue-devils. Je ne puis m'empêcher de regretter, comme le roi don Alphonse le Chaste, de n'avoir pas été consulté pour l'arrangement du monde. Il eût été bien facile de le faire moins bête, et, s'il était nécessaire d'y faire entrer la mort, j'aurais du moins voulu en ôter la souffrance.

Adieu, mon cher ami ; votre bienheureux patron saint Antoine vous en préserve!