CLVIII

Paris, 9 juin 1869.

Mon cher Panizzi,

Les eaux minérales font toujours le diable avec les entrailles humaines, mais on dit que c'est pour leur plus grand bien. Je crois que le remède qu'on vous a proposé, le diascordium est excellent ; on en prend gros comme une noisette, et, le cas échéant, on redouble la dose. J'en ai fait l'essai, l'année passée, à Fontainebleau avec grand succès. Voici un remède encore plus simple, éprouvé également ; remplissez de gomme arabique en poudre la moitié d'un verre, mettez-y du sucre si vous voulez, puis ajoutez de l'eau en tournant dans le verre avec une cuillère, de façon à faire une pâte de la consistance d'une gelée. Vous l'avalerez et vous m'en direz des nouvelles. Comment n'y a-t-il pas des médecins habiles à Naples qui vous remettent le ventre en ordre?

Je suis toujours dans le même état, avec un peu plus de toux qu'à l'ordinaire, très souvent de l'oppression, nul appétit et peu de sommeil.

Le docteur Maure ne vient pas à Paris cette année. Il a passé le temps de son voyage en cabales électorales, et n'a pas peu contribué à empêcher le maire de Cannes, M. Méro, d'être nommé. Les deux fils de M. Fould ont été élus, l'un dans les Basses, l'autre dans les Hautes-Pyrénées. Édouard ne se présentait pas ; il se consacre aux courses ; mais ses chevaux ne gagnent pas.

Il y a eu, dimanche, un beau déploiement de patriotisme d'antichambre. Le grand prix de l'empereur a été gagné par un cheval français, tandis que, depuis quelques années, il restait toujours aux Anglais. Les lorettes et les belles dames étaient remarquables par leur enthousiasme et s'entr'embrassaient pour célébrer la victoire nationale.

A Paris, on se félicite de n'avoir nommé ni Raspail, ni Rochefort, ni d'Alton-Shée. On devient très facile à contenter. On ne croit plus à une petite session en juillet pour la vérification des pouvoirs. La session ne commencera qu'en novembre ; du moins, cela était ainsi hier, mais on a peut-être changé d'avis aujourd'hui.

Je pense que vous pourrez facilement vous procurer le dernier rapport de M. Fiorelli sur les fouilles de Pompéi. Ce serait œuvre méritoire à vous de me le rapporter, lorsque vous regagnerez Bloomsbury square.

Nigra vient de publier un bouquin en latin, très savant, sur la vieille langue irlandaise.

Adieu, mon cher Panizzi ; soignez vos entrailles, ne prenez pas trop de glaces, et vivez en sage.