CLXIV
Paris, 7 septembre 1869.
Mon cher Panizzi,
Hier, nous avons voté le sénatus-consulte, cent treize contre trois. Il y avait dans le même moment une grande panique à la Bourse. La santé de l'empereur donne beaucoup d'inquiétudes. Si j'en crois les gens les mieux informés, tels que Nélaton et le général Fleury, il n'y a rien de dangereux dans son fait : il a de temps en temps des douleurs de vessie. Tout cela n'est pas alarmant ; mais il suffit qu'il soit souffrant, pour que toutes les imaginations se représentent ce qui pourrait arriver s'il était mort. On m'assure que le voyage d'Orient que méditait l'impératrice n'aura pas lieu. C'est le bon côté de l'affaire.
Le prince Napoléon a été complimenté par son cousin sur son discours, où il y avait en effet du bon. S'il y eût mis un peu plus de tact et de mesure, c'eût été excellent. A tout prendre, le sénatus-consulte paraît produire un bon effet d'apaisement, surtout dans la bourgeoisie. Le diable n'y perdra rien pourtant et la prochaine session sera dure, avec une Chambre peu expérimentée et ayant le sentiment de sa toute-puissance. C'est une Convention, et il peut se faire bien des bêtises et par ignorance et par mauvaise intention. Il y avait un tribun romain qui disait qu'il n'avait plus rien à donner au peuple præter cœlum et cœnum. C'est un peu notre cas.
La duchesse Colonna m'écrit de Rome que le pape a pris un maître de théologie en vue du concile. Le professeur lui parle de son affaire et Sa Sainteté l'interrompt pour lui demander s'il y aura des banquettes pour tout le monde. Nous aurons quelques évêques très mauvais au concile, mais la majorité sera contre les innovations et les décisions tranchantes. C'est, dit-on, l'esprit qu'apporteront les Allemands. Quant aux Espagnols, je ne sais si Prim les laissera sortir.
Je ne crois pas possible une réconciliation de l'Irlande avec l'Angleterre. Elle sera à perpétuité comme une mauvaise femme, avec laquelle on ne peut divorcer, une Pologne, et les Anglais n'ont pas les moyens dont disposent les Russes.
Adieu, mon cher Panizzi. Je regrette que vous n'ayez pas d'inclination pour le Midi. Il me semble que le soleil est un grand médecin, c'est presque le seul en qui j'aie quelque confiance.