CLXXX

Cannes, 4 mai 1870.

Mon cher sir Anthony,

Que dites-vous de ce qui se passe? Les républicains ne vendent pas chat en poche ; ils nous préviennent de leurs façons de gouverner. Ce qu'il y a de plus triste, c'est que ces abominations n'excitent ni surprise ni horreur. Le sens moral dans ce pays-ci est tout à fait perverti. On réclame l'abolition de la peine de mort et on a des assassins pour amis politiques. Ledru-Rollin, qui était revenu à Paris, est reparti subitement pour Londres, la veille de la découverte des bombes au picrate de potasse.

L'empereur a recommandé, le même jour, au général Frossard d'empêcher le prince impérial de sortir. Le général lui a demandé s'il y avait quelque attentat tramé contre le prince. « Non, a répondu l'empereur avec la figure calme que vous lui connaissez. C'est à moi qu'on veut jeter des bombes ; mais on pourrait se tromper de voiture. »

Adieu, mon cher sir Anthony. J'espère que, la semaine prochaine, nous serons encore de ce monde.