CV

Paris, 7 novembre 1866.

Mon cher Panizzi,

Je reçois votre lettre, qui me fait beaucoup de peine pour beaucoup de raisons ; la première, à cause de vous ; la seconde, à cause de moi ; la troisième parce que je vois avec chagrin votre nature originale modifiée, et permettez-moi de le dire, un peu pervertie par le contact des Anglais. Rien n'est plus désagréable que d'avoir cette maladie peu poétique qu'on appelle la courante ; mais se rendre malade pour la dissimuler serait la pire chose du monde. Il est possible, je pense, de remédier à cela. Je ne sais si je vous ai donné un remède arabe, dont nos gens se trouvent très bien en Afrique. On met dans un bol de la gomme arabique pulvérisée, une once ou une demi-once, et on y ajoute de l'eau, goutte à goutte, de manière à en former une pâte assez épaisse, qu'on avale. Joignez-y un peu de sucre, si vous voulez. Cela opère de deux manières : médicalement et physiquement. Cela calme l'inflammation du tube intestinal, et cela le revêt d'une sorte de couche solide qui le met à l'abri des irritations pendant quelque temps. Je sais force officiers qui s'en sont trouvés merveilleusement. Permettez-moi d'espérer, mon cher ami, que vous ne renoncez pas tout à fait à vos projets et que vous vous appliquerez à concilier l'utile dulci, les soins de votre ventre et ceux de votre santé générale.

J'ai d'assez mauvaises nouvelles de Rome. Il paraît qu'on s'agite beaucoup. Le pape, de son côté, ne manque pas une sottise, à faire ou à dire. On paraît craindre que, aussitôt après le départ du corps d'armée, il y ait une révolution. C'est l'espoir des mazziniens, et il y a, dit-on, à Rome, un parti qui y pousse. On prétend ici que Ricasoli y aide de tout son pouvoir, tant parce que c'est son opinion, que par esprit d'hostilité personnelle contre l'empereur. Il me semble qu'il y a un peu d'exagération.

S'il arrivait quelque catastrophe, cela nous mettrait dans la position la plus difficile et la plus dangereuse ; car il est triste de le dire, mais c'est la vérité, le papisme est ici presque général. Voltaire a fait un fiasco solenne, et l'infâme est plus puissant que jamais. Vous noterez que toutes les inspirations déplorables qu'on donne au pape lui viennent de France.

Adieu, mon cher Panizzi ; donnez-moi promptement de vos nouvelles. Je pars ce soir. L'impératrice est très enrhumée ; l'empereur est parfaitement bien.