CXCIII
Paris, 25 août 1870.
Mon cher Panizzi,
J'ai été bien touché des offres généreuses que vous me faites. Je sais quel bon ami vous êtes, et que vous êtes toujours true to your word. Je voudrais bien vous serrer la main avant de mourir, mais cela est peu probable avec ma déplorable santé.
Vous accusez fort à tort nos bulletins de mensonge. Nous n'avons pas de bulletins du tout. C'est un système nouveau que je ne comprends pas plus que l'ancien. A en juger par les bulletins prussiens, il y a beaucoup à rabattre de leurs victoires, et, lorsqu'ils disent qu'ils ont enlevé les positions occupées par le maréchal Bazaine, ils ajoutent naïvement qu'ils ont demandé une trêve pour enterrer leurs morts. Comment se fait-il que leurs morts fussent sur notre terrain? Ce qui paraît constant, c'est qu'il y a eu des deux côtés un carnage affreux. On s'attend à voir les Prussiens sous Paris, et on s'accoutume à cette idée. Si les rouges ne perdent tout, je crois que nous gagnerons la partie. Mais nos pauvres amis de Biarritz l'ont perdue.
Adieu, mon cher Panizzi. Merci encore de tout ce que vous me dites de votre amitié pour moi. J'y compte, croyez-le bien, comme en l'occasion vous compteriez sur moi.