CXXXI
Paris, 13 septembre 1867.
Mon cher Panizzi,
Je n'assisterai pas à la discussion des lois sur la presse et sur l'organisation de l'armée. Lorsqu'on lit les journaux, on se demande ce que signifie une loi sur la presse. Jamais sous Louis-Philippe on n'a eu plus de liberté, et il faut l'ajouter, jamais on n'en a plus abusé. Quant à la loi sur l'armée, je crains qu'elle ne passe qu'avec des modifications qui la rendront mauvaise. J'ai lieu de croire que l'inventeur de toutes ces belles choses s'en mord les doigts à présent ; mais il n'est pas de ceux qui fassent leur profit du proverbe : Look before you leap.
Que dites-vous de Garibaldi et du baptême qu'il propose? Il est impossible d'être plus fou ni plus bête. J'espère que ce dernier fiasco l'obligera à se tenir tranquille. On prétend qu'il veut aller à Londres faire de la propagande antipapiste. Je doute qu'il soit reçu comme la première fois.
Tout paraît terminé en Espagne. La morale de la chose, c'est que, tant que l'armée sera fidèle, Prim ne pourra rien faire ; mais Narvaez est bien vieux et l'innocente Isabelle bien folle.
Adieu, mon cher Panizzi. Que dit-on en Angleterre des affaires d'Orient? Cela prend rapidement les proportions d'une question européenne. Les journaux russes sont des plus belliqueux. Ils demandent la Gallicie et la Bulgarie pour commencer.