II
Cannes, 28 janvier 1864.
Mon cher Panizzi,
Votre désespoir m'a fait rire. Quel diable de rapport peut-il y avoir entre ces quatre coquins et vous? Et quel imbécile vous rendra responsable de ce qu'entre vingt-quatre millions d'hommes il se trouve quelques scélérats ou quelques fous? J'ai vu la dénégation de Mazzini. Il se peut qu'il ne soit pour rien dans cette horrible affaire, mais il a cependant sa part de responsabilité, et ces quatre bandits sont ses élèves plus ou moins immédiats. Vous avez vu, au reste, que nos rouges les désavouent très hautement. Je n'affirmerais pas que ce soit avec une parfaite sincérité. Ce qui paraît certain, c'est que les quatre arrêtés n'étaient que les instruments d'un chef qu'on attendait, et qui aurait été pris, selon toute apparence, si l'empereur avait consenti pendant quelques jours à ne pas aller au bois de Boulogne. C'eût été courir trop de risques que de laisser libres les soldats, qui pouvaient fort bien agir sans leur capitaine, et on les a très judicieusement mis à l'ombre.
Est-il vrai, comme je serais tenté de le croire par le ton des journaux anglais, que John Bull se fâche pour tout de bon de l'ingérence des Allemands dans la question du Holstein? que le ministère est menacé de renversement et que les tories vont rentrer aux affaires?
Je n'ai jamais pu comprendre le premier mot de la question des duchés, et je crois qu'il y a peu de personnes qui en savent quelque chose. J'espère que nous serons plus avisés qu'au Mexique et que nous ne nous en mêlerons pas. Je serais bien fâché que nous nous fissions prendre à l'appât des provinces rhénanes. Nous n'en avons pas besoin, et elles ne veulent pas de nous. Ce serait, d'ailleurs, j'en suis convaincu, le seul moyen de résoudre ce grand problème : « Faire que les Allemands s'entendent entre eux. »
Adieu, mon cher Panizzi. On a destitué, à ce que je vois, l'évêque Colenso ; mais partout les dévots sont les mêmes imbéciles.