LV
Paris, 10 septembre 1865.
Mon cher Panizzi,
Vous apprendrez avec plaisir que le valet de pied de l'empereur n'est pas mort, comme on me l'avait dit au ministère d'État. Il va mieux et on ne l'amputera pas. Les autres blessés sont aussi bien que possible. La princesse Anna est à Paris. Je suis allé m'inscrire chez elle, et j'ai mis une ligne pour dire la part que vous avez prise à son accident. Ai-je bien fait?
J'ai des compliments à vous faire d'une autre princesse, la princesse Mathilde, chez qui j'ai dîné jeudi.
Ce que vous me dites de lord Palmerston est triste. Mais pourquoi vouloir mourir sur le champ de bataille? Croyez-vous que sa gloire gagne à faire encore une session? Peut-être espère-t-il que sa présence sera un appui pour le parti libéral. Cela me rappelle le poème d'Antar. Lorsque le héros est mort, ses amis l'attachent sur son cheval et effrayent ainsi les ennemis. Je vous remercie de m'avoir rappelé à milady.
Le comte de Navas est parti pour Madrid. Je ne sais pas encore ce que fera la comtesse de Montijo ; je pense qu'elle ira à Biarritz dès que la reine sera retournée à Zarauz.
Il n'y a plus un chat à Paris, mais en revanche les étrangers y regorgent. A chaque instant, des gens vous demandent le chemin du Palais-Royal dans un baragouin germanique ou britannique.
M. de Goltz, le ministre de Prusse, est à Biarritz, brûlant des mêmes ridicules feux. Je ne sais pas trop comment on le reçoit depuis que le neveu de son ministre a fendu la tête d'un Strasbourgeois, cuisinier de votre reine. Dans d'autres temps, la façon dont la justice se rend en Prusse pourrait amener de drôles de complications.
Adieu, mon cher Panizzi ; portez-vous bien et buvez frais ; c'est assurément le bonheur suprême par le temps qui court.