LXV
Cannes, 2 décembre 1865.
Mon cher Panizzi,
J'ai trouvé ici, il y a huit jours, un temps magnifique, très doux et presque trop chaud ; mais, depuis trois jours, nous avons des orages. Hier, il a tonné depuis six heures du matin jusqu'à la nuit noire. C'est le signe du changement de saison et de l'entrée en hiver, c'est-à-dire de l'arrivée du beau temps, sec, avec des jours chauds et des soirées fraîches, temps très sain et qui permet de passer toute la journée en plein air. Édouard Fould arrive vers le 15 de ce mois avec Arago (Alfred). Nous attendons encore la reine Emma, dont la poitrine cannibale a besoin de lait d'ânesse pour se restaurer. Jusqu'à présent, il n'y a pas grand monde à Cannes, peu ou point de Français. La plupart des hôtels sont déserts. Le choléra n'est jamais venu ici et il a complètement disparu de Nice.
Avant-hier, nous avons eu la visite du prince Napoléon et de la princesse Clotilde. Ils vont à Paris ; je ne sais pas s'ils iront à Compiègne pendant la visite du roi de Portugal. Lorsque j'ai quitté Paris, on disait que l'impératrice avait invité la princesse Clotilde et qu'on offrirait au prince Napoléon de reprendre la présidence de la commission de l'exposition universelle. Le fait est que, depuis sa démission, tout y va à la diable. D'un autre côté, revenir sur le passé et lui rendre une position dont il peut abuser, c'est s'exposer beaucoup.
Voilà pas mal de méchantes petites affaires qui tombent comme des tuiles sur le nouveau cabinet : les réclamations américaines, le Chili et les fénians. Les fénians ont cela de bon, qu'ils feront comprendre aux Anglais ce que c'est que la république rouge, plus sérieuse malheureusement chez nous qu'en Irlande.
Adieu, mon cher Panizzi ; veuillez me rappeler au souvenir de nos amis. J'avais un renseignement à vous demander, mais je l'ai oublié en commençant cette lettre. Signe de vieillesse.