LXXVIII

Paris, le 4 mai 1866.

Mon cher Panizzi,

Vous aurez lu probablement le discours de M. Thiers. Comme discours d'opposition, il est fort habile, mais c'est assurément ce qu'il y a de plus antipatriotique. Il dit aux Allemands qu'ils n'ont qu'un ennemi, et que cet ennemi est l'empereur. La Chambre, qui aime les soli exécutés par un grand artiste, a écouté avec beaucoup de faveur, mais sans comprendre qu'il y avait du poison sous les fleurs de rhétorique. Après la séance, madame de Seebach, la fille de Nesselrode et la femme du ministre de Saxe, a emmené M. Thiers dans sa voiture.

Je crois savoir que l'empereur a dit à M. de Metternich, qu'il n'avait absolument aucun engagement avec personne, et qu'il n'avait qu'un même conseil à donner à tout le monde : la paix. Je ne crois pas beaucoup à la promesse de l'Italie de ne pas attaquer ; car il y a telle circonstance qui peut arriver, où une attaque n'est qu'une défense ; mais je crains que les Allemands ne combattent que de gueule et que l'Italie n'ait à porter l'effort de la bataille.

Notre affaire des « serinettes » n'est pas encore venue. Je crois que la discussion aura lieu mardi et que je serai battu, tout en ayant raison.

On parle fort de faire duc M. Walewski, probablement parce qu'il s'est montré fort au-dessous de sa tâche pendant la session. Autre cancan : on dit Sa Majesté fort enthousiaste de la beauté de madame de ***, très grande et très belle personne. Elle a dîné, il y a eu lundi huit jours, chez le duc de Mouchy, et Sa Majesté est venue. Je la trouve fort belle, mais trop grande et trop forte pour moi. Mes principes sont de ne jamais essayer de violer une femme qui pourrait me battre. Si vous ne pratiquez pas cet axiome, vous avez tort.

Adieu, mon cher Panizzi. Portez-vous bien et ne vous exterminez pas pour vos ministres.