VIII
Paris, 1er avril 1864.
Mon cher Panizzi,
Il paraît que l'archiduc hésite au dernier moment. Les uns disent que l'archiduchesse en est la cause ; d'autres la rapportent à notre saint-père le pape, très mécontent, dit-on, du général Bazaine, qui n'est pas si facile que son prédécesseur le maréchal Forey, et qui, pour cette raison, a été excommunié par l'archevêque de Mexico, dont il n'a pas voulu suivre les avis.
Vous aurez de la peine, je crois, à empêcher Garibaldi de faire des sottises. Elles lui sont aussi naturelles qu'à un pommier de porter des pommes. Il me semble que sa visite ne doit pas être des plus agréables aux ministres en ce moment.
Personne ne croit ici que les affaires du Danemark puissent s'arranger avant que M. de Bismark ait obtenu les succès militaires qu'il cherche et avec lesquels il espère jeter de la poudre aux yeux à la Chambre des députés. En attendant, on continue à se tuer dans le Jutland et autour de Düppel. Je n'ai jamais vu de guerre si bête et si vilaine, et on assure que ni d'un côté ni de l'autre l'héroïsme n'est bien considérable.
Je n'ai pas entendu dire qu'il fût question ici d'un changement de ministres. Ce n'est pas qu'on ne pût très facilement trouver moyen d'en remplacer trois ou quatre, mais le maître n'aime pas les visages nouveaux. Il a tort, il faudrait en trouver par le temps qui court. Ce qu'il faut éviter par-dessus tout en France, c'est l'ennui, et il y a des gens bien ennuyeux dans le cabinet.
Adieu, mon cher Panizzi ; portez-vous bien et ne dînez pas trop bien. Je suis condamné à un régime d'ermite, et je m'offense de voir les autres bien manger.