XCVII
Biarritz, 14 septembre 1866.
Mon cher Panizzi,
Il est question d'une ascension à la Rune pour demain en très (trop!) nombreuse compagnie. J'espère que nous en reviendrons sans jambes cassées. L'empereur ne paraît pas très pressé de nous joindre. Tantôt on nous annonce son arrivée, tantôt on la renvoie aux calendes grecques. Pour ma part, je voudrais bien le voir ici ; car, sans nous amuser beaucoup, nous ne sommes pas aussi sérieux qu'il convient à des gens aussi respectables que nous tous. Malgré tout ce qu'on peut dire contre les blue stokings, ils ont du bon et c'est une grande ressource pour passer le temps. Bien que je m'acquitte assez honorablement de mon métier de courtisan, je me sens pris parfois d'idées à la Bright, et j'ai envie de m'en aller vivre en homme libre dans quelque auberge au soleil. On nous annonce la grande duchesse Marie de Leuchtenberg, qui va peut-être nous apporter un peu d'étiquette, quoiqu'elle s'en dispense aussi chez elle, en voyage du moins.
Le premier volume de Burchard, le seul que j'aie, est ennuyeux. C'est un long cérémonial où se trouvent çà et là quelques bons traits, comme, par exemple, qu'on enterra le pape Innocent VIII sans chemise, parce qu'on lui avait volé celle qu'il avait en mourant.
Adieu, mon cher Panizzi ; soignez-vous, soyez patient et sage, et donnez-moi de vos nouvelles.