XXV
Paris, 22 septembre 1864.
Mon cher Panizzi,
Que dites-vous du traité dont on vient de nous révéler l'existence? A en juger par la fureur des cléricaux, la chose leur déplaît extraordinairement. Le traité a plus d'un inconvénient, entre autres celui-ci ; que ni la France ni l'Italie ne peuvent l'exécuter dans tous ses articles. Ce qu'il y a de bon, c'est que ce n'est autre chose au fond qu'une signification faite au saint-père d'avoir à faire sa malle. C'est ainsi que le parti prêtre le prend ici. La légation d'Italie prétend que la chose est fort bien vue de l'autre côté des monts.
Cette affaire coïncidant avec le voyage de Schwalbach, on n'a pas manqué de dire : Ergo propter hoc. — Je n'en crois rien. Le voyage tient plus probablement à des tracas intérieurs, très fâcheux, mais où la politique n'est pour rien. Vous savez la situation ; ce qu'il y a de plus triste, c'est que les badauds se demandent ce qui a pu faire perdre patience à l'homme assurément le plus patient de ce siècle.
X. est à Schwalbach ; on dit qu'il va épouser mademoiselle ***, qui est un morceau un peu trop bon peut-être pour un garçon de son âge. On a le choix, en pareille position, de crever de bonheur en quelques mois, ou d'enrager à la fumée du rôti tout le reste de son existence.
Tous les Espagnols que je vois me garantissent, non pas une émeute, mais une révolution bien complète, sous fort peu de temps. Narvaez paraît déterminé à pousser les choses à la dernière extrémité, et à rompre en visière avec tout le parti du progrès. Le retour de la reine Christine seul est un défi violent. Si Narvaez tient bien l'armée dans sa main, ce dont je doute, il peut comprimer la première émeute et ne succombera que par défaut d'argent, accident qui, d'ailleurs, est assez proche, à ce qu'il paraît. Mais l'armée est-elle loyale? Narvaez a-t-il encore l'énergie qu'il avait à Ardoz? Tout cela me semble plus que douteux.
Le Times a fait, l'autre jour, sur le Canada un article un peu bien lâche. Je trouve que le cabinet anglais en est venu au point où était arrivé Louis-Philippe sur la fin de son règne, de se vanter de sa couardise et de l'ériger en vertu. Il a grand tort, à mon avis ; il ne faut jamais trop se rabaisser, de peur qu'on ne vous prenne au mot.
Adieu, mon cher Panizzi. J'ai loué une maison à Cannes pour cet hiver, mais vous ne vous en souciez pas.