HISTOIRES DE MÉDECINS

Molière a été presque tendre pour les médecins du grand siècle. Il les a flattés. On s’en aperçoit tous les jours, car il n’en est presque pas où l’on ne découvre, dans quelques archives, de nouvelles preuves de leur malfaisance. Voilà-t-il pas que M. Jovy (le plus intrépide des pascalisants) croit avoir trouvé la preuve qu’ils ont empoisonné Pascal ! Il a eu le courage de dépouiller l’amas de papiers inédits de toute nature que l’on appelle le portefeuille de Vallant. Ce Vallant, fort à la mode en ces temps, fut le médecin de Mme de Sévigné, de plusieurs autres grandes dames et aussi celui de Messieurs de Port-Royal. De là à Pascal il n’y a qu’un pas. Vallant a soigné Pascal et de quelle manière ! Il s’adjoignit un jour Guénault, et voici le début de l’ordonnance qui en résulta : « M. Pascal souffre d’un embarras d’entrailles qui provient d’une humeur mélancolique ; cette humeur, tandis qu’elle fermente, émet des vapeurs qui produisent des symptômes différents suivant la diversité des parties qu’elles atteignent ; elles fermentent parce qu’elles bouillent et cette ébullition provient de la chaleur… » D’où saignées aux quatre membres, ensuita purgare avec force séné, crème de tartre et pommes acides. D’autres fois, ce fut du vin émétique et de l’antimoine et c’est l’antimoine que l’on accuse. Déjà au dix-septième siècle, il était fort soupçonné. C’est un problème, dit Boileau, de savoir « combien en un printemps — Guénault et l’antimoine ont fait périr de gens ». Pauvre Pascal ! L’âme empoisonnée par Port-Royal, le corps empoisonné par Guénault, on s’étonne qu’il lui soit resté quelques lueurs de génie. Les dévôts affolaient son esprit, les médecins torturaient ses entrailles, faisaient de ses membres des fontaines de sang ! Quand la mort le délivra de ses bourreaux, son intelligence vacillait, son corps était une loque. Quelle destinée !