PROVINCES

Les départements n’ont jamais eu qu’une vie officielle et administrative. Ils ne sont guère entrés dans la conversation, et ce qui a le plus contribué à les maintenir en dehors de l’usage, c’est peut-être que les chemins de fer ont ignoré leur existence. Comme ils s’étendent nécessairement sur tout un groupe de départements, ils ont adopté soit les noms plus vastes des anciennes provinces, soit les noms de régions. L’État, lui-même, est bien obligé de diviser ses lignes en lignes de Normandie, de Bretagne et du Sud-Ouest. Partout, c’est de même : il y a deux voies pour aller dans le Midi, la Bourgogne et le Bourbonnais. L’amour assez nouveau des paysages a également redonné l’existence aux anciennes provinces. Il y a les paysages du Berry et les paysages de Provence, ceux du Dauphiné, de la Champagne ou du Limousin, récemment découverts. Au point de vue esthétique, du moins, le département n’est qu’une petite division du territoire français. Cela tient aussi à ce que beaucoup de noms de départements sont très mauvais : Seine-Inférieure, Tarn-et-Garonne, Haute-Vienne, etc. Puis, franchement, même du point de vue administratif, le département est devenu trop petit. Mais laissons cela. Plusieurs provinces aussi étaient très petites et d’autres, immenses, étaient sans aucune cohésion. Il est certain qu’on ne rétablira jamais les provinces dans leur état ancien. D’ailleurs, qu’était en dernier lieu l’Ile-de-France ? On n’en sait rien. Un nom, peut-être, et moins en usage qu’aujourd’hui. Est-il possible de reconstituer la Normandie ? Il n’y a aucun rapport d’intérêts entre la région de Rouen et la région de Coutances, qui se rattacherait plus volontiers à celle de Rennes. Mais quel inconvénient à ce que les deux catégories de noms soient conservées ? Les uns et les autres répondent à des besoins différents. Si on réforme les divisions préfectorales, les anciennes provinces ne seront certainement pas un modèle à suivre. Ce ne sont plus que des divisions géographiques et esthétiques.