IV
Les nuées se déchirent et l'on voit l'idole osciller. Ses jambes se détachent, son flanc se surbaisse, son buste se dresse, sa figure s'affirme; elle est debout, le ruisseau d'argent bleu passe entre ses seins et s'enroule à ses reins; elle est debout, elle touche au ciel par le front et ses bras étendus font de l'ombre sur le monde. Ses mains lentement ramenées s'arrêtent sur ses mamelles, les pressent amoureusement et deux rayons de feu descendent sur la nature éperdue: l'un de ces rayons est un feu pourpre et l'autre est un feu violet.
Dans le rayon pourpre on voit des hommes priapiques, et dans le rayon violet, des femmes callipyges. Les deux rayons, d'abord divergents, se croisent, puis s'emmêlent et les sexes se livrent à de si furieux assauts qu'une pluie de sang obombre les airs,—mais le sang ne tombe pas jusque sur le sol, car des anges hermaphrodites, sortis de chaque tronc d'arbre, le recueillent en des coupes de rubis et s'en enivrent.
Cependant les rayons se divisent, s'atténuent, meurent; les hermaphrodites rentrent sous l'écorce des arbres qui s'agitent en un bref spasme de volupté, puis la lumière recommence à se troubler, tandis que l'on voit l'idole se recoucher sur le ventre des montagnes: mais dès qu'elle est couchée, un rire infini la secoue tout entière, son corps se crispe, s'ondule, se roule; et enfin, elle porte la main à son ventre et en retire une grappe de raisin qu'elle mordille, apaisée, en s'endormant.
Les nuées se reforment.