SCÈNE V
SENTA, ÉRIK.
Senta sort tout émue de la maison. Érik la suit dans une vive agitation.
ÉRIK.
Que viens-je d'entendre!
Ô fatalité!
Est-ce mensonge ou vérité?...
SENTA, se détournant avec une émotion douloureuse
Ah! laisse-moi! je n'ai rien à t'apprendre.
ÉRIK.
Ô juste Dieu! nul doute... plus d'erreur!
Par quel pouvoir fatal fus-tu séduite
Et quel attrait t'a fait céder si vite?
C'est en riant que tu brisas mon cœur.
Ton père, lui, guida le fiancé!
Je le connais!... J'avais tout annoncé!...
Mais toi, quand j'y pense,
À peine est-il venu, soudain,
À l'étranger donner ta main...
SENTA, en proie à une lutte intérieure.
Silence!...
Ah! je le dois!...
ÉRIK.
Aveugle obéissance
Et plus aveugle choix!
Sans hésiter je te vis te soumettre,
Du même coup tu m'ôtes tout espoir!...
SENTA.
Assez! va-t'en! il ne faut plus nous voir,
Ni nous connaître.
C'est là mon devoir!
ÉRIK.
Et quel devoir? Eh quoi! ta foi chancelle!...
Tu m'as promis naguère amour fidèle!...
SENTA, avec vivacité.
Quoi! ce serment aurait pu nous lier?
ÉRIK, avec douleur.
Parle! Senta! Dis! peux-tu le nier?
Te souvient-il du jour où dans la plaine
Auprès de toi tu m'appelais alors,
Ou sur un pic cherchant la fleur lointaine,
Je la cueillais au prix de mille efforts.
Songe à ce jour ou de ce roc qui penche
Nous avons vu ton père fuir le port?
Nous regardions au loin sa voile blanche,
Et c'est à moi qu'il confia ton sort.
Sur mon épaule alors jetant ton bras,
De tes serments ne te souviens-tu pas?
Ta main tremblait dans la mienne, et ce jour
Me présageait le plus fidèle amour!