XIV
Aussitôt après les funérailles, survint le notaire Batschkock pour l'ouverture du testament. M. Kmietowitch et moi nous présentâmes chacun le pli qui nous avait été confié: c'était le même testament écrit en double.
À peine Batschkock en eut-il pris connaissance, qu'il poussa une longue exclamation:
—C'est fou! absolument fou! Jamais créature raisonnable n'a choisi un tel héritier. Il y a de quoi rire!
Cet héritier invraisemblable n'était autre que Mika. Toute la fortune des Bromirski était léguée à la petite chienne hargneuse, mais l'administration des biens restait confiée à Zénobius; il toucherait les revenus tant que vivrait l'intéressant quadrupède, à la condition de le soigner fidèlement. Mika, morte à son tour, tout devait retourner aux Carmélites de Lemberg, qui étaient chargées de prier pour l'âme de la défunte baronne.
Zénobius, en apprenant les bizarres dispositions testamentaires qui le concernaient, demeura d'abord atterré; il n'avait pas compté sur une obole.
—Laissez-moi m'asseoir, dit-il; je n'ai plus de jambes.
Mais, l'instant d'après, le jeune fou, bondissant jusqu'au plafond, saisissait Mika par les pattes et se mettait à danser avec elle. Les domestiques vinrent saluer leur nouveau maître, et aussitôt, comme il arrive pour tous les changements de gouvernement, les délateurs et les courtisans surgirent: Martschine lui chuchota un mot dans l'oreille droite, Piotre un autre mot dans l'oreille gauche, et Zénobius donna tout haut l'ordre d'ouvrir devant lui les malles d'Hermine. Sans se laisser intimider par les menaces, ni toucher par les pleurs de cette mégère, il reprit d'une main ferme tout l'argent, tous les objets précieux qu'elle s'était appropriés, saisit de l'autre main une cravache et la chassa ainsi de la seigneurie.