PRIÈRE

O Jésus, qui dans votre cruelle Passion êtes devenu «l'opprobre des hommes et l'homme de douleurs», je vénère votre divin Visage, sur lequel brillaient la beauté et la douceur de la divinité, maintenant devenu pour moi «comme le visage d'un lépreux!» Mais sous ces traits défigurés, je reconnais votre amour infini, et je me consume du désir de vous aimer et de vous faire aimer de tous les hommes. Les larmes qui coulèrent si abondamment de vos yeux m'apparaissent comme des perles précieuses que je veux recueillir, afin d'acheter, avec leur valeur infinie, les âmes des pauvres pécheurs.

O Jésus, dont le Visage est la seule beauté qui ravit mon cœur, j'accepte de ne pas voir ici-bas la douceur de votre regard, de ne pas sentir l'inexprimable baiser de votre bouche; mais je vous supplie d'imprimer en moi votre divine ressemblance et de m'embraser de votre amour, afin qu'il me consume rapidement, et que j'arrive bientôt à voir votre glorieux Visage dans le Ciel!

Ainsi soit-il.

(Prière de la servante de Dieu,
Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face.
)

Indulgence de 300 jours, chaque fois, applicable aux âmes du Purgatoire.

Pie X, 13 Février 1905.

————

Faveurs accordées par Sa Sainteté Pie X
LE 9 DÉCEMBRE 1905
à tous ceux qui méditeront pendant quelques instants sur la Passion
devant cette Image de la Sainte Face.

1º Toutes les indulgences accordées précédemment par les Souverains Pontifes à la Couronne des Cinq Plaies.

2º La Bénédiction Apostolique.

Cantique à la sainte Face.

Air: Les regrets de Mignon. (F. Boissière.)

——

Jésus, ton ineffable image
Est l'astre qui conduit mes pas;
Tu le sais bien, ton doux Visage
Est pour moi le ciel ici-bas!
Mon amour découvre les charmes
De tes yeux embellis de pleurs.
Je souris à travers mes larmes,
Quand je contemple tes douleurs.
Oh! je veux pour te consoler
Vivre ignorée et solitaire;
Ta beauté que tu sais voiler
Me découvre tout son mystère,
Et vers toi je voudrais voler!
Ta Face est ma seule patrie,
Elle est mon royaume d'amour;
Elle est ma riante prairie,
Mon doux soleil de chaque jour;
Elle est le lis de la vallée
Dont le parfum mystérieux
Console mon âme exilée,
Lui fait goûter la paix des cieux.
Elle est mon repos, ma douceur,
Et ma mélodieuse lyre...
Ton Visage, ô mon doux Sauveur,
Est le divin bouquet de myrrhe
Que je veux garder sur mon cœur!
Ta Face est ma seule richesse;
Je ne demande rien de plus.
En elle, me cachant sans cesse,
Je te ressemblerai, Jésus!
Laisse en moi la divine empreinte
De tes traits remplis de douceurs,
Et bientôt je deviendrai sainte,
Vers toi j'attirerai les cœurs!
Afin que je puisse amasser
Une belle moisson dorée,
De tes feux daigne m'embraser!
Bientôt, de ta bouche adorée,
Donne-moi l'éternel baiser!

12 août 1895.

Dirupisti, Domine, vincula mea!

Vous avez rompu mes liens, Seigneur! (Ps. cxv, 7.)

A Sr MARIE DE L'EUCHARISTIE

POUR LE JOUR DE SON ENTRÉE AU CARMEL

Air: Mignon, connais-tu le pays? (A. Thomas.)

——

O Jésus, en ce jour tu brises mes liens!
C'est dans l'Ordre béni de la Vierge Marie
Que je pourrai trouver les véritables biens.
Seigneur, si j'ai quitté ma famille chérie,
Tu sauras la combler de célestes faveurs...
A moi, tu donneras le pardon des pécheurs!
Jésus, au Carmel je dois vivre,
Puisqu'en cette oasis ton amour m'appela;
C'est là que je veux te suivre,
T'aimer et bientôt mourir...
C'est là, oui, c'est là!
O Jésus, en ce jour tu combles tous mes vœux:
Je pourrai désormais, près de l'Eucharistie,
M'immoler en silence, attendre en paix les cieux!
M'exposant aux rayons de la divine Hostie,
A ce foyer d'amour je me consumerai,
Et comme un séraphin, Seigneur, je t'aimerai.
Jésus, bientôt je dois te suivre
Au rivage éternel, quand finiront mes jours;
Toujours, au ciel je dois vivre,
T'aimer et ne plus mourir,
Toujours, oui, toujours!

15 août 1895.

Jésus, mon Bien-Aimé, rappelle-toi!...

Air: Rappelle-toi.

——

«Ma fille, cherche celles de mes paroles qui respirent le plus d'amour; écris-les, et puis, les gardant précieusement comme des reliques, aie soin de les relire souvent. Quand un ami veut réveiller au cœur de son ami la vivacité première de son affection, il lui dit: Souviens-toi de ce que tu éprouvais quand tu me dis un jour telle parole; ou bien: Te souviens-tu de tes sentiments à telle époque, un tel jour, en un tel lieu? Crois-le donc, les plus précieuses reliques qui demeurent de moi sur la terre sont les paroles de mon amour, les paroles sorties de mon très doux Cœur.»

Notre-Seigneur à sainte Gertrude.

Oh! souviens-toi de la gloire du Père,
Rappelle-toi les divines splendeurs
Que tu quittas, t'exilant sur la terre,
Pour racheter tous les pauvres pécheurs.
O Jésus! t'abaissant vers la Vierge Marie,
Tu voilas ta grandeur et ta gloire infinie.
De ce sein maternel
Qui fut ton second ciel,
Oh! souviens-toi!
Rappelle-toi qu'au jour de ta naissance,
Quittant le ciel, les Anges ont chanté:
«A notre Dieu: gloire, honneur et puissance!
Et paix aux cœurs de bonne volonté!»
Depuis dix-neuf cents ans, tu remplis ta promesse.
Seigneur, de tes enfants, la paix est la richesse:
Pour goûter à jamais
Ton ineffable paix,
Je viens à toi!
Je viens à toi, cache-moi dans tes langes,
En ton berceau je veux rester toujours!
Là, je pourrai, chantant avec les anges,
Te rappeler les fêtes de ces jours:
O Jésus! souviens-toi des bergers et des mages
Qui t'offrirent, joyeux, leurs cœurs et leurs hommages;
Du cortège innocent
Qui te donna son sang,
Oh! souviens-toi!
Rappelle-toi que, les bras de Marie,
Tu préféras à ton trône royal;
Petit enfant, pour soutenir ta vie,
Tu n'avais rien que le lait virginal!
A ce festin d'amour que te donne ta Mère,
Oh! daigne m'inviter, Jésus, mon petit frère,
De ta petite sœur
Qui fit battre ton Cœur,
Oh! souviens-toi!
Rappelle-toi que tu nommas ton père
L'humble Joseph, qui, par l'ordre du Ciel,
Sans t'éveiller sur le sein de ta Mère,
Sut t'arracher aux fureurs d'un mortel.
Verbe-Dieu, souviens-toi de ce mystère étrange:
Tu gardas le silence et fis parler un ange!
De ton lointain exil
Sur les rives du Nil,
Oh! souviens-toi!
Rappelle-toi que, sur d'autres rivages,
Les astres d'or et la lune d'argent,
Que je contemple en l'azur sans nuages,
Ont réjoui, charmé tes yeux d'enfant.
De ta petite main qui caressait Marie,
Tu soutenais le monde et lui donnais la vie.
Et tu pensais à moi!
Jésus, mon petit Roi,
Rappelle-toi!
Rappelle-toi que, dans la solitude,
Tu travaillais de tes divines mains;
Vivre oublié fut ta plus chère étude,
Tu rejetas le savoir des humains!
O toi qui d'un seul mot pouvais charmer le monde,
Tu te plus à cacher ta sagesse profonde...
Tu parus ignorant!
O Seigneur tout-puissant,
Rappelle-toi!
Rappelle-toi qu'étranger sur la terre,
Tu fus errant, toi, le Verbe éternel!
Tu n'avais rien, non pas même une pierre,
Pas un abri, comme l'oiseau du ciel.
O Jésus! viens en moi, viens reposer ta tête,
Viens!... à te recevoir mon âme est toute prête.
Mon bien-aimé Sauveur,
Repose dans mon cœur,
Il est à toi!
Rappelle-toi les divines tendresses
Dont tu comblas les tout petits enfants;
Je veux aussi recevoir tes caresses.
Ah! donne-moi tes baisers ravissants!
Pour jouir dans les cieux de ta douce présence,
Je saurai pratiquer les vertus de l'enfance:
Tu nous l'as dit souvent:
«Le Ciel est pour l'enfant.....»
Rappelle-toi!
Rappelle-toi qu'au bord de la fontaine
Un Voyageur, fatigué du chemin,
Fit déborder sur la Samaritaine
Les flots d'amour que renfermait son sein.
Ah! je connais Celui qui demandait à boire:
Il est le «Don de Dieu», la source de fa gloire!
C'est toi l'eau qui jaillit,
Jésus! tu nous as dit:
«Venez à moi!
«Venez à moi, pauvres âmes chargées;
«Vos lourds fardeaux bientôt s'allégeront,
«Et, pour toujours, dans mon Cœur submergées,
«De votre sein des sources jailliront.»
J'ai soif, ô mon Jésus! cette eau, je la réclame.
De ses torrents divins daigne inonder mon âme;
Pour fixer mon séjour
En l'océan d'amour,
Je viens à toi!
Rappelle-toi qu'enfant de la lumière,
Souvent, hélas! je néglige mon Roi;
Oh! prends pitié de ma grande misère,
Dans ton amour, Jésus, pardonne-moi!
Aux affaires du ciel daigne me rendre habile,
Montre-moi les secrets cachés dans l'Evangile.
Ah! que ce livre d'or
Est mon plus cher trésor,
Rappelle-toi!
Rappelle-toi que ta divine Mère
A sur ton Cœur un pouvoir merveilleux!
Rappelle-toi qu'un jour, à sa prière,
Tu changeas l'onde en vin délicieux!
Daigne aussi transformer mes œuvres indigentes...
A la voix de Marie, ô Dieu! rends-les ferventes:
Que je suis son enfant,
Mon Jésus, bien souvent,
Rappelle-toi!
Rappelle-toi que souvent les collines
Tu gravissais au coucher du soleil;
Rappelle-toi tes oraisons divines,
Tes chants d'amour à l'heure du sommeil!
Ta prière, ô mon Dieu, je l'offre avec délice
Pendant mes oraisons, pendant le saint office:
Là, tout près de ton Cœur,
Je chante avec bonheur,
Rappelle-toi!
Rappelle-toi que, voyant la campagne,
Ton divin Cœur devançait les moissons;
Levant les yeux vers la sainte Montagne,
De tes élus tu murmurais les noms!
Afin que ta moisson soit bientôt recueillie,
Chaque jour, ô mon Dieu, je m'immole et je prie.
Que ma joie et mes pleurs
Sont pour tes moissonneurs,
Rappelle-toi!
Rappelle-toi cette fête des Anges,
Cette harmonie au royaume des cieux,
Et le bonheur des sublimes phalanges,
Lorsqu'un pécheur vers toi lève les yeux!
Ah! je veux augmenter cette grande allégresse...
Jésus, pour les pécheurs je veux prier sans cesse;
Que je vins au Carmel
Pour peupler ton beau ciel,
Rappelle-toi!
Rappelle-toi cette très douce flamme
Que tu voulais allumer dans les cœurs:
Ce feu du ciel, tu l'as mis en mon âme,
Je veux aussi répandre ses ardeurs.
Une faible étincelle, ô mystère de vie,
Suffit pour allumer un immense incendie.
Que je veux, ô mon Dieu,
Porter au loin ton feu,
Rappelle-toi!
Rappelle-toi cette fête splendide
Que tu donnas à ton fils repentant;
Rappelle-toi que pour l'âme candide,
Tu la nourris toi-même, à chaque instant!
Jésus, avec amour tu reçois le prodigue...
Mais les flots de ton Cœur, pour moi, n'ont pas de digue.
Que tes biens sont à moi,
Mon Bien-Aimé, mon Roi,
Rappelle-toi!
Rappelle-toi que, méprisant la gloire,
En prodiguant tes miracles divins
Tu t'écriais: «Comment pouvez-vous croire
«Vous qui cherchez l'estime des humains?
«Les œuvres que je fais vous semblent surprenantes:
«Mes amis en feront de bien plus éclatantes.»
Que tu fus humble et doux,
Jésus, mon tendre Epoux,
Rappelle-toi!
Rappelle-toi qu'en une sainte ivresse
L'Apôtre-vierge approcha de ton Cœur!
En son repos il connut ta tendresse;
Et tes secrets il les comprit, Seigneur!
De ton disciple aimé je ne suis pas jalouse;
Je connais tes secrets, car je suis ton épouse...
O mon divin Sauveur,
Je m'endors sur ton Cœur.
Il est à moi!
Rappelle-toi qu'au soir de l'agonie,
Avec ton sang se mêlèrent les pleurs;
Perles d'amour! leur valeur infinie
A fait germer de virginales fleurs.
Un Ange, te montrant cette moisson choisie,
Fit renaître la joie en ton âme bénie;
Jésus, que tu me vis
Au milieu de tes lis,
Rappelle-toi!
Ton sang, tes pleurs, cette source féconde
Virginisant les calices des fleurs,
Les a rendus capables, dès ce monde,
De t'enfanter un grand nombre de cœurs.
Je suis vierge, ô Jésus! Cependant, quel mystère!
En m'unissant à toi, des âmes je suis mère...
Des virginales fleurs
Qui sauvent les pécheurs,
Oh! souviens-toi!
Rappelle-toi qu'abreuvé de souffrance
Un Condamné, se tournant vers les cieux,
S'est écrié: «Bientôt dans ma puissance
«Vous me verrez paraître glorieux!»
Qu'il fût le Fils de Dieu, nul ne le voulait croire,
Car elle se cachait son ineffable gloire.
O Prince de la Paix!
Moi, je te reconnais...
Je crois en toi!
Rappelle-toi que ton divin Visage,
Parmi les tiens, fut toujours inconnu!
Mais tu laissas pour moi ta douce image...
Et tu le sais, je t'ai bien reconnu!
Oui, je te reconnais, même à travers tes larmes,
Face de L'Eternel, je découvre tes charmes.
Que ton regard voilé
Mon cœur a consolé,
Rappelle-toi!
Rappelle-toi cette amoureuse plainte
Qui, sur la croix, s'échappa de ton Cœur.
Ah! dans le mien, Jésus, elle est empreinte:
Oui... de ta soif il partage l'ardeur!
Plus il se sent blessé de ses divines flammes,
Plus il est altéré de te donner des âmes.
Que, d'une soif d'amour,
Je brûle nuit et jour,
Rappelle-toi!
Rappelle-toi, Jésus, Verbe de vie,
Que tu m'aimas jusqu'à mourir pour moi!
Je veux aussi t'aimer à la folie;
Je veux aussi vivre et mourir pour toi:
Tu le sais, ô mon Dieu, tout ce que je désire,
C'est de te faire aimer, et d'être un jour martyre.
D'amour je veux mourir.
Seigneur, de mon désir,
Oh! souviens-toi!
Rappelle-toi qu'au jour de ta victoire,
Tu nous disais: «Celui qui n'a pas vu
«Le Fils de Dieu tout rayonnant de gloire,
«Il est heureux... si quand même il a cru!»
Dans l'ombre de la foi, je t'aime et je t'adore:
O Jésus, pour te voir j'attends en paix l'aurore.
Que mon désir n'est pas
De te voir ici-bas,
Rappelle-toi!
Rappelle-toi que, montant vers le Père,
Tu ne pouvais nous laisser orphelins;
Que, te faisant prisonnier sur la terre,
Tu sus voiler tes rayons tout divins;
Mais l'ombre de ton voile est lumineuse et pure,
Pain vivant de la foi, céleste nourriture.
O mystère d'amour!
Mon Pain de chaque jour:
Jésus, c'est toi!
Jésus, c'est toi qui malgré les blasphèmes
Des ennemis du Sacrement d'amour,
C'est toi qui veux montrer combien tu m'aimes,
Puisqu'en mon cœur tu fixes ton séjour.
O Pain de l'exilé! sainte et divine Hostie!
Ce n'est plus moi qui vis; mais je vis de ta vie:
Ton ciboire doré,
Entre tous préféré,
Jésus, c'est moi!
Jésus, c'est moi ton vivant sanctuaire
Que les méchants ne peuvent profaner.
Reste en mon cœur, n'est-il pas un parterre
Dont chaque fleur vers toi veut se tourner?
Mais, si tu t'éloignais, ô blanc Lis des vallées!
Je le sais bien, mes fleurs seraient vite effeuillées.
Toujours, mon Bien-Aimé,
Jésus, Lis embaumé,
Fleuris en moi!
Rappelle-toi que je veux sur la terre
Te consoler de l'oubli des pécheurs;
Mon seul Amour, exauce ma prière:
Ah! pour t'aimer, donne-moi mille cœurs!
Mais c'est encore trop peu, Jésus, beauté suprême,
Donne-moi pour t'aimer ton divin Cœur lui-même;
De mon désir brûlant,
Seigneur, à chaque instant,
Oh! souviens-toi!
Rappelle-toi que ta volonté sainte
Est mon repos, mon unique bonheur;
Je m'abandonne et je m'endors sans crainte
Entre tes bras, ô mon divin Sauveur!
Si tu t'endors aussi lorsque l'orage gronde,
Je veux rester toujours en une paix profonde;
Mais pendant ton sommeil,
Jésus! pour le réveil
Prépare-moi!
Rappelle-toi que souvent je soupire
Après le jour du grand avènement.
Qu'il vienne enfin l'Ange qui doit nous dire:
«Le temps n'est plus, venez au jugement!»
Alors rapidement je franchirai l'espace,
Et j'irai me cacher en ta divine Face.
Qu'au séjour éternel
Tu dois être mon ciel,
Rappelle-toi!

21 octobre 1895.

Au Sacré-Cœur.

Air: Petit soulier de Noël.

——

Auprès du Tombeau, sainte Madeleine,
Cherchant son Jésus, se baissait en pleurs.
Les Anges voulaient adoucir sa peine,
Mais rien ne pouvait calmer ses douleurs.
Votre doux éclat, lumineux Archanges,
Ne suffisait pas à la contenter;
Elle voulait voir le Seigneur des Anges,
Le prendre en ses bras, bien loin l'emporter.
Au Sépulcre Saint, restant la dernière,
Marie était là, bien avant le jour;
Son Dieu vint aussi, voilant sa lumière.
Elle ne pouvait le vaincre en amour...
Lui montrant alors sa Face bénie,
Bientôt un seul mot jaillit de son Cœur;
Murmurant le nom si doux de «Marie»,
Jésus lui rendit la paix, le bonheur.
. . . . . . . . . . . . . . .
Un jour, ô mon Dieu, comme Madeleine,
J'ai voulu te voir, m'approcher de toi;
Mon regard plongeait dans l'immense plaine
Dont je recherchais le Maître et le Roi.
Et je m'écriais, voyant l'onde pure,
L'azur étoilé, la fleur et l'oiseau:
Si je ne vois Dieu, brillante nature,
Tu n'es rien pour moi qu'un vaste tombeau.
J'ai besoin d'un cœur brûlant de tendresse,
Restant mon appui sans aucun retour;
Aimant tout en moi, même ma faiblesse,
Ne me quittant pas la nuit et le jour.
Je n'ai pu trouver nulle créature
Qui m'aimât toujours sans jamais mourir;
Il me faut un Dieu prenant ma nature,
Devenant mon frère et pouvant souffrir.
Tu m'as entendue, oh! l'Epoux que j'aime...
Pour ravir mon cœur, te faisant mortel,
Tu versas ton sang, mystère suprême!
Et tu vis encor pour moi sur l'Autel.
Si je ne puis voir l'éclat de ta Face,
Entendre ta voix pleine de douceur,
Je puis, ô mon Dieu, vivre de ta grâce,
Je puis reposer sur ton Sacré-Cœur!
O Cœur de Jésus, trésor de tendresse,
C'est toi mon bonheur, mon unique espoir!
Toi qui sus bénir, charmer ma jeunesse,
Reste auprès de moi jusqu'au dernier soir.
Seigneur, à toi seul j'ai donné ma vie,
Et tous mes désirs te sont bien connus.
C'est en ta bonté toujours infinie
Que je veux me perdre, ô Cœur de Jésus!
Ah! je le sais bien, toutes nos justices
N'ont, devant tes yeux, aucune valeur;
Pour donner du prix à mes sacrifices,
Je veux les jeter en ton divin Cœur.
Tu n'as pas trouvé tes Anges sans tache;
Au sein des éclairs tu donnas ta loi;
En ton Cœur Sacré, Jésus, je me cache,
Je ne tremble pas: ma vertu c'est toi!
Afin de pouvoir contempler ta gloire,
Il faut, je le sais, passer par le feu.
Et moi, je choisis pour mon purgatoire
Ton amour brûlant, ô Cœur de mon Dieu!
Mon âme exilée, en quittant la vie,
Voudrait faire un acte de pur amour,
Et puis, s'envolant au ciel, sa patrie,
Entrer dans ton Cœur, sans aucun détour!...

Octobre 1895.

Le Cantique éternel

Chanté dès l'exil.

Air: Mignon regrettant sa patrie. (Luigi Bordèse.)

——

Ton épouse, ô mon Dieu, sur la rive étrangère
Peut chanter de l'amour le cantique éternel;
Puisqu'au sein de l'exil tu daignes, sur la terre,
Du feu de ton amour l'embraser comme au ciel!
Mon Bien-Aimé, beauté suprême!
A moi tu te donnés toi-même;
Mais en retour, Jésus, je t'aime:
Fais de ma vie un seul acte d'amour!
Oubliant ma grande misère,
Tu viens habiter dans mon cœur.
Mon faible amour, ah! quel mystère!
Suffit pour t'enchaîner, Seigneur.
Amour qui m'enflamme,
Pénètre mon âme!
Viens, je te réclame,
Viens, consume-moi!
Ton ardeur me presse,
Et je veux sans cesse,
Divine fournaise,
M'abîmer en toi.
Seigneur, la souffrance
Devient jouissance,
Quand l'amour s'élance
Vers toi sans retour.
Céleste patrie,
Douceur infinie,
Mon âme ravie
Vous a chaque jour...
Céleste patrie
O joie infinie,
Vous n'êtes que l'Amour!

10 mars 1896.

J'ai soif d'amour!

Air: Au sein de l'heureuse patrie.

——

Dans ton amour, t'exilant sur la terre,
Divin Jésus, tu t'immolas pour moi.
Mon Bien-Aimé, reçois ma vie entière;
Je veux souffrir, je veux mourir pour toi.
Seigneur, tu nous l'as dit toi-même:
«L'on ne peut rien faire de plus
«Que de mourir pour ceux qu'on aime.»
Et mon amour suprême
C'est toi, Jésus!
Il se fait tard, déjà le jour décline:
Reste avec moi, céleste Pèlerin.
Avec ta croix je gravis la colline;
Viens me guider, Seigneur, dans le chemin!
Ta voix trouve écho dans mon âme:
Je veux te ressembler, Seigneur
La souffrance, je la réclame...
Ta parole de flamme
Brûle mon cœur!
Avant d'entrer dans l'éternelle gloire,
«Il a fallu que l'Homme-Dieu souffrît».
C'est par sa croix qu'il gagna la victoire;
O doux Sauveur, ne nous l'as-tu pas dit?
Pour moi, sur la rive étrangère,
Quels mépris n'as-tu pas reçus!...
Je veux me cacher sur la terre,
Etre en tout la dernière,
Pour toi, Jésus.
Mon Bien-Aimé, ton exemple m'invite
A m'abaisser, à mépriser l'honneur:
Pour te ravir, je veux rester petite;
En m'oubliant, je charmerai ton Cœur.
Ma paix est dans la solitude,
Je ne demande rien de plus.
Te plaire est mon unique étude,
Et ma béatitude
C'est toi, Jésus!
Toi, le grand Dieu que l'univers adore,
Tu vis en moi, prisonnier nuit et jour;
Ta douce voix à toute heure m'implore,
Tu me redis: «J'ai soif! j'ai soif d'amour!...»
Je suis aussi ta prisonnière,
Et je veux redire à mon tour
Ta tendre et divine prière,
Mon Bien-Aimé, mon Frère:
J'ai soif d'amour!
J'ai soif d'amour! Comble mon espérance:
Augmente en moi, Seigneur, ton divin feu!
J'ai soif d'amour! bien grande est ma souffrance.
Ah! je voudrais voler vers toi, mon Dieu!
Ton amour est mon seul martyre;
Plus je le sens brûler en moi,
Et plus mon âme te désire.
Jésus, fais que j'expire
D'amour pour toi!

30 avril 1896.

Mon ciel à moi.

Air: Dieu de paix et d'amour.

——

Pour supporter l'exil de la terre des larmes,
Il me faut le regard de mon divin Sauveur;
Ce regard plein d'amour m'a dévoilé ses charmes,
Il m'a fait pressentir le céleste bonheur.
Mon Jésus me sourit, quand vers lui je soupire;
Alors je ne sens plus l'épreuve de la foi.
Le regard de mon Dieu, son ravissant sourire,
Voilà mon ciel à moi!
Mon ciel est d'attirer sur l'Eglise bénie,
Sur la France coupable et sur chaque pécheur,
La grâce que répand ce beau fleuve de vie
Dont je trouve la source, ô Jésus, dans ton Cœur.
Je puis tout obtenir lorsque, dans le mystère,
Je parle cœur à cœur avec mon divin Roi.
Cette douce oraison, tout près du sanctuaire,
Voilà mon ciel à moi!
Mon ciel, il est caché dans la petite hostie
Où Jésus, mon Epoux, se voile par amour.
A ce foyer divin je vais puiser la vie;
Et là, mon doux Sauveur m'écoute nuit et jour.
Oh! quel heureux instant, lorsque dans ta tendresse
Tu viens, mon Bien-Aimé, me transformer en toi!
Cette union d'amour, cette ineffable ivresse,
Voilà mon ciel à moi!
Mon ciel est de sentir en moi la ressemblance
Du Dieu qui me créa de son souffle puissant;
Mon ciel est de rester toujours en sa présence,
De l'appeler mon Père et d'être son enfant;
Entre ses bras divins je ne crains pas l'orage...
Le total abandon, voilà ma seule loi!
Sommeiller sur son Cœur, tout près de son Visage,
Voilà mon ciel à moi!
Mon ciel, je l'ai trouvé dans la Trinité sainte
Qui réside en mon cœur, prisonnière d'amour.
Là, contemplant mon Dieu, je lui redis sans crainte
Que je veux le servir et l'aimer sans retour.
Mon ciel est de sourire à ce Dieu que j'adore,
Lorsqu'il veut se cacher pour éprouver ma foi;
Sourire, en attendant qu'il me regarde encore,
Voilà mon ciel à moi!

7 juin 1896.

Mon espérance.

Air: O saint autel qu'environnent les Anges.

——

Je suis encor sur la rive étrangère;
Mais, pressentant le bonheur éternel,
Oh! je voudrais déjà quitter la terre
Et contempler les merveilles du ciel!
Lorsque je rêve à l'immortelle vie,
De mon exil je ne sens plus le poids;
Bientôt, mon Dieu, vers ma seule patrie
Je volerai pour la première fois!
Ah! donne-moi, Jésus, de blanches ailes,
Pour que, vers toi, je prenne mon essor.
Je veux voler aux rives éternelles,
Je veux te voir, ô mon divin Trésor!
Je veux voler dans les bras de Marie,
Me reposer sur ce trône de choix,
Et recevoir de ma Mère chérie,
Le doux baiser pour la première fois!
Mon Bien-Aimé, de ton premier sourire
Fais-moi bientôt entrevoir la douceur;
Ah! laisse-moi, dans mon brûlant délire,
Oui, laisse-moi me cacher en ton Cœur.
Heureux instant!... O bonheur ineffable!
Quand j'entendrai le doux son de ta voix...
Quand je verrai, de ta Face adorable
L'éclat divin, pour la première fois!
Tu le sais bien, mon unique martyre
C'est ton amour, Cœur sacré de Jésus!
Vers ton beau ciel, si mon âme soupire,
C'est pour t'aimer... t'aimer de plus en plus!
Au ciel, toujours m'enivrant de tendresse,
Je t'aimerai sans mesure et sans lois.
Et mon bonheur me paraîtra sans cesse
Aussi nouveau que la première fois!

12 juin 1896.

Jeter des fleurs.

Air: Oui, je le crois, elle est immaculée.

——

Jésus, mon seul amour, au pied de ton calvaire,
Que j'aime, chaque soir, à te jeter des fleurs!
En effeuillant pour toi la rose printanière,
Je voudrais essuyer tes pleurs!
Jeter des fleurs!... c'est t'offrir en prémices
Les plus légers soupirs, les plus grandes douleurs.
Mes peines, mon bonheur, mes petits sacrifices:
Voilà mes fleurs!
Seigneur, de ta beauté mon âme s'est éprise;
Je veux te prodiguer mes parfums et mes fleurs.
En les jetant pour toi sur l'aile de la brise,
Je voudrais enflammer les cœurs!
Jeter des fleurs! Jésus, voilà mon arme
Lorsque je veux lutter pour sauver les pécheurs.
La victoire est à moi: toujours je te désarme
Avec mes fleurs!
Les pétales des rieurs caressant ton Visage
Te disent que mon cœur est à toi sans retour.
De ma rose effeuillée, ah! tu sais le langage,
Et tu souris à mon amour...
Jeter des fleurs! redire tes louanges,
Voilà mon seul plaisir sur la rive des pleurs.
Au ciel j'irai bientôt avec les petits anges
Jeter des fleurs!

28 juin 1896.

Mes désirs près du Tabernacle.

Air: Prévenons les feux de l'aurore.

——

Petite clef, oh! je t'envie,
Toi qui peux ouvrir chaque jour
La prison de l'Eucharistie,
Où réside le Dieu d'amour.
Mais je puis, quel touchant miracle!
Par un seul effort de ma foi,
Ouvrir aussi le Tabernacle,
M'y cacher près du divin Roi...
Je voudrais, dans le sanctuaire,
Me consumant près de mon Dieu,
Toujours briller avec mystère,
Comme la lampe du saint Lieu.
O bonheur! en moi, j'ai des flammes,
Et je puis gagner chaque jour,
A Jésus, un grand nombre d'âmes,
Les embraser de son amour...
A chaque aurore, je t'envie,
O pierre sainte de l'autel!
Comme dans l'étable bénie,
Sur toi veut naître l'Eternel.
Ecoute mon humble prière:
Viens en mon âme, doux Sauveur!
Bien loin d'être une froide pierre,
Elle est le soupir de ton Cœur.
O corporal entouré d'Anges,
Que je te porte envie encor!
Sur toi, comme en ses humbles langes,
Je vois Jésus, mon seul trésor.
Change mon cœur, Vierge Marie,
En un corporal pur et beau,
Pour recevoir la blanche hostie
Où se cache ton doux Agneau.
Sainte patène, je t'envie...
Sur toi, Jésus vient reposer!
Oh! que sa grandeur infinie,
Jusqu'à moi daigne s'abaisser...
Jésus, comblant mon espérance,
De l'exil n'attend pas le soir:
Il vient en moi!... par sa présence,
Je suis un vivant ostensoir.
Je voudrais être le calice
Où j'adore le Sang divin!
Mais je puis, au saint Sacrifice,
Le recueillir chaque matin.
Mon âme à Jésus est plus chère
Que les précieux vases d'or;
L'autel est un nouveau Calvaire,
Où, pour moi, son Sang coule encor.
Jésus, Vigne sainte et sacrée,
Tu le sais, ô mon divin Roi,
Je suis une grappe dorée
Qui doit disparaître pour loi.
Sous le pressoir de la souffrance,
Je te prouverai mon amour.
Je ne veux d'autre jouissance
Que de m'immoler chaque jour.
Quel heureux sort! Je suis choisie
Parmi les grains de pur froment
Qui, pour Jésus, perdent la vie;
Bien grand est mon ravissement!
Je suis ton épouse chérie,
Mon Bien-Aimé, viens vivre en moi.
Oh! viens, ta Beauté m'a ravie,
Daigne me transformer en toi!

1896.

Jésus seul.

Composé pour une novice.

Air: Près d'un berceau.

——

Mon cœur ardent veut se donner sans cesse,
Il a besoin de prouver sa tendresse.
Ah! qui pourra comprendre mon amour?
Quel cœur voudra me payer de retour?
Mais, ce retour, en vain je le réclame;
Jésus, toi seul peux contenter mon âme.
Rien ne saurait me charmer ici-bas;
Le vrai bonheur ne s'y rencontre pas.
Ma seule paix, mon seul bonheur,
Mon seul amour, c'est toi, Seigneur!
O toi qui sus créer le cœur des mères,
Je trouve en toi le plus tendre des pères.
Mon seul Amour, Jésus, Verbe éternel,
Pour moi, ton Cœur est plus que maternel!
A chaque instant, tu me suis, tu me gardes;
Quand je t'appelle, ah! jamais tu ne tardes.
Et si parfois tu sembles te cacher,
C'est toi qui viens m'aider à te chercher...
C'est à toi seul, Jésus, que je m'attache;
C'est dans tes bras que j'accours et me cache.
Je veux t'aimer comme un petit enfant;
Je veux lutter comme un guerrier vaillant.
Comme un enfant plein de délicatesses,
Je veux, Seigneur, te combler de caresses;
Et, dans le champ de mon apostolat,
Comme un guerrier je m'élance au combat!
Ton Cœur, qui garde et qui rend l'innocence,
Ne saurait pas tromper ma confiance;
En toi, Seigneur, repose mon espoir:
Après l'exil, au ciel j'irai te voir.
Lorsqu'en mon cœur s'élève la tempête,
Vers toi, Jésus, je relève la tête;
En ton regard miséricordieux,
Je lis: Enfant... pour toi, j'ai fait les cieux!
Je le sais bien, mes soupirs et mes larmes
Sont devant toi tout rayonnants de charmes;
Les Séraphins, au ciel, forment ta cour,
Et cependant tu cherches mon amour...
Tu veux mon cœur... Jésus, je te le donne!
Tous mes désirs je te les abandonne;
Et ceux que j'aime, ô mon Epoux, mon Roi,
Je ne veux plus les aimer que pour toi.

15 août 1896.

La volière de l'Enfant-Jésus.

Air: Au Rossignol. (Gounod.)

——

Pour les exilés de la terre,
Le bon Dieu créa les oiseaux;
Ils vont, gazouillant leur prière,
Dans les vallons, sur les coteaux.
Les enfants joyeux et volages,
Ayant choisi leurs préférés,
Les emprisonnent dans des cages
Dont les barreaux sont tout dorés.
. . . . . . . . . . . . . . .
O Jésus, notre petit Frère,
Pour nous, tu quittas le beau ciel;
Mais, tu le sais bien, ta volière,
Divin Enfant, c'est le Carmel.
Notre cage n'est pas dorée,
Cependant nous la chérissons;
Dans les bois, la plaine azurée,
Plus jamais nous ne volerons!
Jésus! les bosquets de ce monde
Ne peuvent pas nous contenter;
Dans la solitude profonde,
Pour toi seul nous voulons chanter.
Ta petite main nous attire;
Enfant, que tes charmes sont beaux!
O divin Jésus! ton sourire
Captive les petits oiseaux.
Ici l'âme simple et candide
Trouve l'objet de son amour;
Ici la colombe timide
N'a plus à craindre le vautour.
Sur les ailes de la prière,
On voit monter le cœur ardent,
Comme l'alouette légère
Qui, bien haut, s'élève en chantant!
Ici l'on entend le ramage
Du roitelet, du gai pinson.
O petit Jésus! dans leur cage,
Tes oiseaux gazouillent ton Nom.
Le petit oiseau toujours chante:
Son pain ne l'inquiète pas...
Un grain de millet le contente,
Jamais il ne sème ici-bas.
Comme lui, dans notre volière,
Nous recevons tout de ta main;
L'unique chose nécessaire,
C'est de t'aimer, Enfant divin!
Aussi nous chantons tes louanges
Avec les purs esprits du ciel;
Et, nous le savons, tous les Anges
Aiment les oiseaux du Carmel.
Jésus, pour essuyer les larmes
Que te font verser les pécheurs,
Tes oiseaux redisent tes charmes,
Leurs doux chants te gagnent des cœurs.
Un jour, loin de la triste terre,
Lorsqu'ils entendront ton appel,
Tous les oiseaux de ta volière
Prendront leur essor vers le ciel.
Avec les charmantes phalanges
Des petits chérubins joyeux,
Eternellement, tes louanges
Nous les chanterons dans les cieux!

25 décembre 1896.

Glose sur le Divin.

D'après saint Jean de la Croix.

——

Appuyé sans aucun appui; sans lumière et dans les ténèbres, je vais me consumant d'amour. (S. Jean de la Croix.)

Au monde, quel bonheur extrême!
J'ai dit un éternel adieu.
Elevé plus haut que lui-même,
Mon cœur n'a d'autre appui que Dieu;
Et maintenant je le proclame:
Ce que j'estime près de lui,
C'est de voir mon cœur et mon âme
Appuyés sans aucun appui!
Bien que je souffre sans lumière,
En cette existence d'un jour,
Je possède au moins sur la terre
L'Astre céleste de l'amour.
Dans le chemin qu'il me faut suivre
Se rencontre plus d'un péril;
Mais, par amour, je veux bien vivre
Dans les ténèbres de l'exil.
L'amour, j'en ai l'expérience,
Du bien, du mal qu'il trouve en moi,
Sait profiter; quelle puissance!
Il transforme mon âme en soi.
Ce feu qui brûle dans mon âme
Pénètre mon cœur sans retour;
Ainsi dans son ardente flamme
Je vais, me consumant d'amour!

1896.

A l'Enfant-Jésus.

——

Jésus, tu connais mon nom,
Et ton doux regard m'appelle...
Il me dit: «Simple abandon,
Je veux guider ta nacelle.»
De ta petite voix d'enfant,
Oh! quelle merveille!
De ta petite voix d'enfant
Tu calmes le flot mugissant,
Et le vent.
Si tu veux te reposer,
Alors que l'orage gronde,
Sur mon cœur daigne poser
Ta petite tête blonde.
Que ton sourire est ravissant
Lorsque tu sommeilles!
Toujours avec mon plus doux chant,
Je veux te bercer tendrement,
Bel Enfant!

Décembre 1896.

Ma Paix et ma Joie.

Air: Petit oiseau, dis, où vas-tu?

——

Il est des âmes sur la terre
Qui cherchent en vain le bonheur;
Mais, pour moi, c'est tout le contraire,
La joie habite dans mon cœur.
Cette fleur n'est pas éphémère,
Je la possède sans retour;
Comme une rose printanière,
Elle me sourit chaque jour.
Vraiment je suis par trop heureuse.
Je fais toujours ma volonté;
Pourrais-je n'être pas joyeuse
Et ne pas montrer ma gaîté?
Ma joie est d'aimer la souffrance,
Je souris en versant des pleurs.
J'accepte avec reconnaissance
L'épine au milieu de mes fleurs.
Lorsque le ciel bleu devient sombre,
Et qu'il semble me délaisser,
Ma joie est de rester dans l'ombre,
De me cacher, de m'abaisser.
Ma paix, c'est la volonté sainte
De Jésus, mon unique amour:
Ainsi je vis sans nulle crainte;
J'aime autant la nuit que le jour.
Ma paix, c'est de rester petite;
Aussi, quand je tombe en chemin,
Je puis me relever bien vite,
Et Jésus me prend par la main.
Alors, le comblant de caresses,
Je lui dis qu'il est tout pour moi...
Et je redouble de tendresses,
Lorsqu'il se dérobe à ma foi.
Ma paix, si je verse des larmes,
C'est de les cacher à mes sœurs.
Oh! que la souffrance a de charmes,
Quand on sait la voiler de fleurs!
Je veux bien souffrir sans le dire,
Pour que Jésus soit consolé;
Ma joie est de le voir sourire
Lorsque mon cœur est exilé.
Ma paix, c'est de lutter sans cesse
Afin d'enfanter des élus;
C'est de redire avec tendresse,
Bien souvent, à mon doux Jésus:
Pour toi, mon divin petit Frère,
Je suis heureuse de souffrir!
Ma joie unique sur la terre,
C'est de pouvoir te réjouir.
Longtemps encor je veux bien vivre,
Seigneur, si c'est là ton désir.
Dans le ciel je voudrais te suivre,
Si cela te faisait plaisir.
L'amour, ce feu de la patrie,
Ne cesse de me consumer;
Que me fait la mort ou la vie?
Mon seul bonheur, c'est de t'aimer!...

21 janvier 1897.

Mes Armes.

A une novice pour sa Profession.

Air: Partez, hérauts...

——

«L'épouse du Roi est terrible comme une armée rangée en bataille; elle est semblable à un chœur de musique dans un camp d'armée.» Cant., VI, 3; VII, I.

«Revêtez-vous des armes de Dieu, afin que vous puissiez résister aux embûches de l'ennemi.» Ephes., VI, II.

Du Tout-Puissant j'ai revêtu les armes,
Sa main divine a daigné me parer;
Rien désormais ne me cause d'alarmes,
De son amour qui peut me séparer?
A ses côtés, m'élançant dans l'arène,
Je ne craindrai ni le fer ni le feu;
Mes ennemis sauront que je suis reine,
Que je suis l'épouse d'un Dieu.
O mon Jésus! je garderai l'armure
Que je revêts sous tes yeux adorés;
Jusqu'au soir de l'exil, ma plus belle parure
Sera mes vœux sacrés.
O Pauvreté, mon premier sacrifice,
Jusqu'à la mort tu me suivras partout;
Car, je le sais, pour courir dans la lice,
L'athlète doit se détacher de tout.
Goûtez, mondains, le remords et la peine,
Ces fruits amers de votre vanité;
Joyeusement, moi je cueille en l'arène
Les palmes de la Pauvreté.
Jésus a dit: «C'est par la violence
Que l'on ravit le royaume des cieux.»
Eh bien! la Pauvreté me servira de lance,
De casque glorieux.
La Chasteté me rend la sœur des Anges,
De ces esprits purs et victorieux.
J'espère un jour voler en leurs phalanges;
Mais, dans l'exil, je dois lutter comme eux.
Je dois lutter, sans repos et sans trêve,
Pour mon Epoux, le Seigneur des seigneurs.
La Chasteté, c'est le céleste glaive
Qui peut lui conquérir des cœurs.
La Chasteté, c'est mon arme invincible;
Mes ennemis, par elle, sont vaincus;
Par elle je deviens, ô bonheur indicible!
L'épouse de Jésus.
L'Ange orgueilleux, au sein de la lumière,
S'est écrié: «Je n'obéirai pas!...»
Moi, je répète en la nuit de la terre:
Je veux toujours obéir ici-bas.
Je sens en moi naître une sainte audace,
De tout l'enfer je brave la fureur.
L'Obéissance est ma forte cuirasse
Et le bouclier de mon cœur.
O Dieu vainqueur! je ne veux d'autres gloires
Que de soumettre en tout ma volonté;
Puisque l'obéissant redira ses victoires
Toute l'éternité!
Si du guerrier j'ai les armes puissantes,
Si je l'imite et lutte vaillamment,
Comme la vierge aux grâces ravissantes,
Je veux aussi chanter en combattant.
Tu fais vibrer de ta lyre les cordes,
Et cette lyre, ô Jésus, c'est mon cœur!
Alors je puis de tes miséricordes
Chanter la force et la douceur.
En souriant je brave la mitraille,
Et dans tes bras, ô mon Epoux divin,
En chantant je mourrai sur le champ de bataille,
Les armes à la main!

25 mars 1897.

Un lis au milieu des épines.

Composé pour une novice.

Air: L'envers du ciel.

——

O Seigneur tout-puissant! dès ma plus tendre enfance,
Je puis bien m'appeler l'œuvre de ton amour;
Je voudrais, ô mon Dieu, dans ma reconnaissance,
Ah! je voudrais pouvoir te payer de retour.
Jésus, mon Bien-Aimé, quel est ce privilège?
Pauvre petit néant, qu'avais-je fait pour toi?
Et je me vois ici, suivant le blanc cortège
Des vierges de ta cour, aimable et divin Roi!
Hélas! je ne suis rien que la faiblesse même;
Tu le sais bien, mon Dieu, je n'ai pas de vertus!
Mais tu le sais aussi, pour moi, le bien suprême
Qui me charma toujours... c'est toi, mon doux Jésus!
Lorsqu'en mon jeune cœur s'alluma cette flamme
Qui se nomme l'amour... tu vins la réclamer.
Et loi seul, ô Jésus, pus contenter mon âme,
Car jusqu'à l'infini j'avais besoin d'aimer!
Comme un petit agneau loin de la bergerie,
Gaîment je folâtrais, ignorant le danger;
Mais, ô Reine des cieux, ma Bergère chérie,
Ton invisible main savait me protéger!
Ainsi, tout en jouant au bord des précipices,
Déjà tu me montrais le sommet du Carmel;
Je comprenais alors les austères délices
Qu'il me faudrait aimer pour m'envoler au ciel.
Seigneur, si tu chéris la pureté de l'Ange,
De ce brillant esprit qui nage dans l'azur,
N'aimes-tu pas aussi, s'élevant de la fange,
Le lis que ton amour a su conserver pur?
S'il est heureux, mon Dieu, l'Ange à l'aile vermeille
Qui paraît devant toi tout blanc de pureté,
Ma robe, dès ce monde, à la sienne est pareille,
Puisque j'ai le trésor de la virginité!

1897.

La rose effeuillée.

Air: Le fil de la Vierge ou La Rose mousse.

——

Jésus, quand je te vois soutenu par ta Mère,
Quitter ses bras,
Essayer en tremblant sur notre triste terre
Tes premiers pas;
Devant toi je voudrais effeuiller une rose
En sa fraîcheur,
Pour que ton petit pied bien doucement repose
Sur une fleur.
Cette rose effeuillée est la fidèle image,
Divin Enfant!
Du cœur qui veut pour toi s'immoler sans partage
A chaque instant.
Seigneur, sur tes autels plus d'une fraîche rose
Aime à briller;
Elle se donne à toi, mais je rêve autre chose:
C'est m'effeuiller...
La rose en son éclat peut embellir ta fête,
Aimable Enfant!
Mais la rose effeuillée, on l'oublie, on la jette
Au gré du vent...
La rose, en s'effeuillant, sans recherche se donne
Pour n'être plus.
Comme elle, avec bonheur, à toi je m'abandonne,
Petit Jésus!
L'on marche sans regret sur des feuilles de rose,
Et ces débris
Sont un simple ornement que sans art on dispose,
Je l'ai compris...
Jésus, pour ton amour j'ai prodigué ma vie,
Mon avenir;
Aux regards des mortels, rose à jamais flétrie,
Je dois mourir!
Pour toi je dois mourir, Jésus, beauté suprême,
Oh! quel bonheur!
Je veux en m'effeuillant te prouver que je t'aime
De tout mon cœur.
Sous tes pas enfantins je veux avec mystère
Vivre ici-bas;
Et je voudrais encore adoucir au Calvaire
Tes derniers pas...

Mai 1897.

L'abandon.

——

«L'abandon est le fruit délicieux de l'amour.»
Saint Augustin.

Il est sur cette terre
Un arbre merveilleux;
Sa racine, ô mystère!
Se trouve dans les cieux.
Jamais, sous son ombrage,
Rien ne saurait blesser;
Là, sans craindre l'orage,
On peut se reposer.
De cet arbre ineffable,
L'amour, voilà le nom;
Et son fruit délectable
S'appelle l'abandon!
Ce fruit, dès cette vie,
Me donne le bonheur;
Mon âme est réjouie
Par sa divine odeur.
Ce fruit, quand je le touche,
Me paraît un trésor;
Le portant à ma bouche,
Il m'est plus doux encor.
Il me donne en ce monde
Un océan de paix;
En cette paix profonde
Je repose à jamais.
Seul, l'abandon me livre
En tes bras, ô Jésus!
C'est lui qui me fait vivre
Du pain de tes élus;
A toi je m'abandonne,
O mon divin Epoux!
Et je n'ambitionne
Que ton regard si doux.
Toujours je veux sourire,
M'endormant sur ton Cœur...
Et là, je veux redire
Que je t'aime, Seigneur!
Comme la pâquerette
Au calice vermeil,
Moi, petite fleurette,
Je m'entr'ouvre au soleil.
Mon doux soleil de vie,
O mon aimable Roi!
C'est ta divine Hostie,
Petite comme moi...
De sa céleste flamme
Le lumineux rayon
Fait naître dans mon âme
Le parfait abandon.
Toutes les créatures
Peuvent me délaisser;
Je saurai sans murmures
Près de toi m'en passer.
Et si tu me délaisses,
O mon divin Trésor!
N'ayant plus tes caresses,
Je veux sourire encor.
En paix je veux attendre,
Doux Jésus, ton retour,
Et sans jamais suspendre
Mes cantiques d'amour!
Non, rien ne m'inquiète,
Rien ne peut me troubler.
Plus haut que l'alouette
Mon âme sait voler!
Au-dessus des nuages,
Le ciel est toujours bleu;
On touche les rivages
Où règne le bon Dieu!
J'attends en paix la gloire
Du céleste séjour,
Car je trouve au ciboire
Le doux fruit de l'amour!

Mai 1897.

LA VIERGE-MÈRE

Reproduction d'un tableau peint par «Céline», en 1864 à la demande de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus.

A ce Festin d'Amour que te donne ta Mère
Oh! daigne m'inviter, Jésus, mon petit Frère!

DEUXIÈME PARTIE

Première poésie de Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus.

La Rosée divine
ou le Lait virginal de Marie.

Air: Noël d'Adam.

——

Mon doux Jésus, sur le sein de ta Mère
Tu m'apparais tout rayonnant d'amour;
Daigne à mon cœur révéler le mystère
Qui t'exila du céleste séjour.
Ah! laisse-moi me cacher sous le voile
Qui te dérobe à tout regard mortel.
Près de toi seule, ô matinale étoile,
Mon âme trouve un avant-goût du ciel!
Quand, au réveil d'une nouvelle aurore,
Du soleil d'or on voit les premiers feux,
La tendre fleur qui commence d'éclore
Attend d'en haut un baume précieux:
C'est du matin la perle étincelante,
Mystérieuse et pleine de fraîcheur,
Qui, produisant une sève abondante,
Tout doucement fait entr'ouvrir la fleur.
C'est toi, Jésus, la Fleur à peine éclose.
Je te contemple à ton premier éveil;
C'est toi, Jésus, la ravissante rose,
Le frais bouton, gracieux et vermeil.
Les bras si purs de ta Mère chérie
Forment pour toi: berceau, trône royal.
Ton doux soleil, c'est le sein de Marie,
Et ta rosée est le lait virginal!
Mon Bien-Aimé, mon divin petit Frère,
En ton regard je vois tout l'avenir:
Bientôt pour moi tu quitteras ta Mère;
Déjà l'amour te presse de souffrir!
Mais sur la croix, ô Fleur épanouie!
Je reconnais ton parfum matinal;
Je reconnais les perles de Marie:
Ton sang divin c'est le lait virginal!
Cette rosée, elle est au sanctuaire,
L'Ange voudrait s'en abreuver aussi;
Offrant à Dieu sa sublime prière,
Comme saint Jean il redit: «Le Voici!»
Oui, le voici ce Verbe fait Hostie,
Prêtre éternel, Agneau sacerdotal!
Le Fils de Dieu, c'est le Fils de Marie...
Le Pain de l'Ange est le lait virginal!
Le Séraphin se nourrit de la gloire,
Du pur amour et du bonheur parfait;
Moi, faible enfant, je ne vois au ciboire
Que la couleur, la figure du lait.
Mais c'est le lait qui convient à l'enfance,
Du Cœur divin, l'amour est sans égal...
O tendre amour, insondable puissance!
Ma blanche Hostie est le lait virginal!

2 février 1893.

La Reine du ciel à sa petite Marie.

A une postulante nommée Marie.

Air: Petit oiseau, dis, où vas-tu?

——

Je cherche un enfant qui ressemble
A Jésus, mon unique Agneau,
Afin de les cacher ensemble,
Tous deux en un même berceau.
L'Ange de la sainte patrie
De ce bonheur serait jaloux;
Mais je le donne à toi, Marie,
L'Enfant-Dieu sera ton Epoux!
C'est toi-même que j'ai choisie
Pour être de Jésus la sœur.
Veux-tu lui tenir compagnie?
Tu reposeras sur mon cœur!
Je te bercerai sous le voile
Où se cache le Roi des cieux,
Mon Fils sera la seule étoile
Désormais brillante à tes yeux.
Mais pour que, toujours, je t'abrite
Sous mon voile, près de Jésus,
Il te faudra rester petite
Avec d'enfantines vertus.
Je veux que sur ton front rayonne
La douceur et la pureté;
Mais la vertu que je te donne
Surtout, c'est la simplicité.
Le Dieu, l'Unique en trois Personnes,
Qu'adorent les anges tremblants...
L'Eternel veut que tu lui donnes
Le simple nom de Fleur des champs!
Comme une blanche pâquerette
Qui toujours regarde le ciel,
Sois aussi la simple fleurette
Du petit Enfant de Noël.
Le monde méconnaît les charmes
Du Roi qui s'exile des cieux;
Bien souvent tu verras des larmes
Briller en ses doux petits yeux.
Il faudra qu'oubliant tes peines
Pour réjouir l'aimable Enfant,
Tu bénisses tes nobles chaînes,
Et que tu chantes doucement...
Le Dieu dont la toute-puissance
Arrête le flot qui mugit,
Empruntant les traits de l'enfance,
Est devenu faible et petit.
Le Verbe, Parole du Père,
Qui, pour toi, s'exile ici-bas,
Mon doux Agneau, ton petit Frère,
Enfant, ne te parlera pas!
Le silence est le premier gage
De son inexprimable amour.
Comprenant ce muet langage,
Tu l'imiteras chaque jour.
Et si parfois Jésus sommeille,
Tu reposeras près de lui;
Son Cœur divin, qui toujours veille,
Te servira de doux appui!
Ne t'inquiète pas, Marie,
De l'ouvrage de chaque jour;
Ton seul travail en cette vie
Doit être uniquement l'amour!
Et si quelqu'un vient à redire
Que tes œuvres ne se voient pas:
J'aime beaucoup, pourras-tu dire:
Voilà mon travail ici-bas.
Jésus tressera ta couronne,
Si tu ne veux que son amour;
Si ton cœur à lui s'abandonne,
Il te fera régner un jour.
Après la nuit de cette vie,
Tu verras son très doux regard;
Et là-haut ton âme ravie
Volera sans aucun retard...

Noël 1894.

Dernière poésie de Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus.

Pourquoi je t'aime, ô Marie!

Air: La plainte du Mousse.

——

Oh! je voudrais chanter, Mère, pourquoi je t'aime!
Pourquoi ton nom si doux fait tressaillir mon cœur!
Et pourquoi de penser à ta grandeur suprême
Ne saurait à mon âme inspirer de frayeur.
Si je te contemplais dans ta sublime gloire,
Et surpassant l'éclat de tous les bienheureux;
Que je suis ton enfant, je ne pourrais le croire.....
Marie, ah! devant toi je baisserais les yeux.
Il faut, pour qu'un enfant puisse chérir sa mère,
Qu'elle pleure avec lui, partage ses douleurs.
O Reine de mon cœur, sur la rive étrangère,
Pour m'attirer à toi, que tu versas de pleurs!
En méditant ta vie écrite en l'Evangile,
J'ose te regarder et m'approcher de toi;
Me croire ton enfant ne m'est pas difficile,
Car je te vois mortelle et souffrant comme moi.
Lorsqu'un Ange des cieux t'offre d'être la Mère
Du Dieu qui doit régner toute l'éternité,
Je te vois préférer, quel étonnant mystère!
L'ineffable trésor de la virginité.
Je comprends que ton âme, ô Vierge immaculée,
Soit plus chère au Seigneur que le divin séjour.
Je comprends que ton âme, humble et douce vallée,
Contienne mon Jésus, l'Océan de l'amour!
Je t'aime, te disant la petite servante
Du Dieu que tu ravis par ton humilité.
Cette grande vertu te rend toute-puissante,
Elle attire en ton cœur la Sainte Trinité!
Alors l'Esprit d'amour te couvrant de son ombre,
Le Fils égal au Père en toi s'est incarné...
De ses frères pécheurs bien grand sera le nombre,
Puisqu'on doit l'appeler: Jésus, ton premier-né!

(Cet oratoire communique avec la cellule de Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus
dont ou voit la porte entr'ouverte.

Là sont déposées journellement les nombreuses suppliques adressés à la Servante de Dieu.)

Marie, ah! tu le sais, malgré ma petitesse,
Comme toi je possède en moi le Tout-Puissant.
Mais je ne tremble pas en voyant ma faiblesse:
Le trésor de la Mère appartient à l'enfant...
Et je suis ton enfant, ô ma Mère chérie!
Tes vertus, ton amour ne sont-ils pas à moi?
Aussi, lorsqu'en mon cœur descend la blanche Hostie,
Jésus, ton doux Agneau, croit reposer en toi!
Tu me le fais sentir, ce n'est pas impossible
De marcher sur tes pas, ô Reine des élus!
L'étroit chemin du ciel, tu l'as rendu visible
En pratiquant toujours les plus humbles vertus.
Marie, auprès de toi j'aime à rester petite;
Des grandeurs d'ici-bas je vois la vanité.
Chez sainte Elisabeth recevant ta visite,
J'apprends à pratiquer l'ardente charité.
Là, j'écoute à genoux, douce Reine des Anges,
Le cantique sacré qui jaillit de ton cœur;
Tu m'apprends à chanter les divines louanges,
A me glorifier en Jésus, mon Sauveur.
Tes paroles d'amour sont de mystiques roses
Qui doivent embaumer les siècles à venir:
En toi, le Tout-Puissant a fait de grandes choses:
Je veux les méditer, afin de l'en bénir.
Quand le bon saint Joseph ignore le miracle
Que tu voudrais cacher dans ton humilité,
Tu le laisses pleurer tout près du tabernacle
Qui voile du Sauveur la divine beauté.
Oh! que je l'aime encor ton éloquent silence!
Pour moi, c'est un concert doux et mélodieux
Qui me dit la grandeur et la toute-puissance
D'une âme qui n'attend son secours que des cieux...
Plus tard, à Bethléem, ô Joseph, ô Marie,
Je vous vois repoussés de tous les habitants;
Nul ne veut recevoir en son hôtellerie
De pauvres étrangers... la place est pour les grands!
La place est pour les grands, et c'est dans une étable
Que la Reine des cieux doit enfanter un Dieu.
O Mère du Sauveur, que je te trouve aimable!
Que je te trouve grande en un si pauvre lieu!
Quand je' vois l'Eternel enveloppé de langes,
Quand, du Verbe divin, j'entends le faible cri...
Marie, à cet instant, envierais-je les Anges?
Leur Seigneur adorable est mon Frère chéri!
Oh! que je te bénis, toi qui sur nos rivages
As fait épanouir cette divine Fleur!
Que je t'aime, écoutant les bergers et les mages,
Et gardant avec soin toute chose en ton cœur!
Je t'aime, te mêlant avec les autres femmes
Qui, vers le Temple saint, ont dirigé leurs pas;
Je t'aime, présentant le Sauveur de nos âmes
Au bienheureux vieillard qui le presse en ses bras;
D'abord en souriant j'écoute son cantique;
Mais bientôt ses accents me font verser des pleurs...
Plongeant dans l'avenir un regard prophétique,
Siméon te présente un glaive de douleurs!
O Reine des martyrs, jusqu'au soir de ta vie
Ce glaive douloureux transpercera ton cœur.
Déjà tu dois quitter le sol de ta patrie,
Pour éviter d'un roi la jalouse fureur.
Jésus sommeille en paix sous les plis de ton voile,
Joseph vient te prier de partir à l'instant;
Et ton obéissance aussitôt se dévoile:
Tu pars sans nul retard et sans raisonnement.
Sur la terre d'Egypte, il me semble, ô Marie,
Que dans la pauvreté ton cœur reste joyeux;
Car Jésus n'est-il pas la plus belle patrie?
Que t'importe l'exil?... Tu possèdes les cieux
Mais à Jérusalem une amère tristesse,
Comme un vaste océan, vient inonder ton cœur...
Jésus, pendant trois jours, se cache à ta tendresse.
Alors c'est bien l'exil dans toute sa rigueur!
Enfin tu l'aperçois, et l'amour te transporte...
Tu dis au bel Enfant qui charme les Docteurs:
«O mon Fils, pourquoi donc agis-tu de la sorte?
«Voilà ton père et moi qui te cherchions en pleurs!...»
Et l'Enfant-Dieu répond—oh! quel profond mystère!—
A la Mère qu'il aime et qui lui tend les bras:
«Pourquoi me cherchiez-vous?... Aux œuvres de mon Père
«Je dois penser déjà!... Ne ne le savez-vous pas?»
L'Evangile m'apprend que, croissant en sagesse,
A Marie, à Joseph, Jésus reste soumis;
Et mon cœur me révèle avec quelle tendresse
Il obéit toujours à ses parents chéris.
Maintenant je comprends le mystère du Temple,
La réponse, le ton de mon aimable Roi:
Mère, ce doux Enfant veut que tu sois l'exemple
De l'âme qui le cherche en la nuit de la foi...
Puisque le Roi des Cieux a voulu que sa Mère
Fût soumise à la nuit, à l'angoisse du cœur,
Alors, c'est donc un bien de souffrir sur la terre?
Oui!... souffrir en aimant, c'est le plus pur bonheur!
Tout ce qu'il m'a donné, Jésus peut le reprendre,
Dis-lui de ne jamais se gêner avec moi;
Il peut bien se cacher, je consens à l'attendre
Jusqu'au jour sans couchant où s'éteindra ma foi.
Je sais qu'à Nazareth, Vierge pleine de grâces,
Tu vis très pauvrement, ne voulant rien de plus;
Point de ravissements, de miracles, d'extases
N'embellissent ta vie, ô Reine des élus!
Le nombre des petits est bien grand sur la terre,
Ils peuvent, sans trembler, vers toi lever les yeux;
Par la commune voie, incomparable Mère,
Il te plaît de marcher pour les guider aux cieux!
Pendant ce triste exil, ô ma Mère chérie,
Je veux vivre avec toi, te suivre chaque jour;
Vierge, en te contemplant je me plonge ravie,
Découvrant dans ton cœur des abîmes d'amour!
Ton regard maternel bannit toutes mes craintes:
Il m'apprend à pleurer, il m'apprend à jouir.
Au lieu de mépriser les jours de fêtes saintes,
Tu veux les partager, tu daignes les bénir.
Des époux de Cana voyant l'inquiétude
Qu'ils ne peuvent cacher, car ils manquent de vin,
Au Sauveur tu le dis, dans ta sollicitude,
Espérant le secours de son pouvoir divin.
Jésus semble d'abord repousser ta prière:
«Qu'importe, répond-il, femme, à vous comme à moi?»
Mais, au fond de son cœur il te nomme sa Mère,
Et son premier miracle il l'opère pour toi!
Un jour que les pécheurs écoutent la doctrine
De Celui qui voudrait au ciel les recevoir:
Je te trouve avec eux, Mère, sur la colline;
Quelqu'un dit à Jésus que tu voudrais le voir.
Alors ton divin Fils, devant la foule entière,
De son amour pour nous montre l'immensité;
Il dit: «Quel est mon frère, et ma sœur, et ma mère,
«Si ce n'est celui-là qui fait ma volonté
O Vierge immaculée, ô Mère la plus tendre!
En écoutant Jésus tu ne t'attristes pas,
Mais tu te réjouis qu'il nous fasse comprendre
Que notre âme devient sa famille ici-bas.
Oui, tu te réjouis qu'il nous donne sa vie,
Les trésors infinis de sa Divinité!
Comment ne pas t'aimer, te bénir, ô Marie!
Voyant, à notre égard, ta générosité?...
Tu nous aimes vraiment comme Jésus nous aime,
Et tu consens pour nous à t'éloigner de lui.
Aimer, c'est tout donner, et se donner soi-même:
Tu voulus le prouver en restant notre appui.
Le Sauveur connaissait ton immense tendresse,
Il savait les secrets de ton cœur maternel...
Refuge des pécheurs, c'est à toi qu'il nous laisse
Quand il quitte la croix pour nous attendre au ciel!
Tu m'apparais, Marie, au sommet du Calvaire,
Debout, près de la Croix, comme un prêtre à l'autel;
Offrant, pour apaiser la justice du Père,
Ton bien-aimé Jésus, le doux Emmanuel.
Un prophète l'a dit, ô Mère désolée:
«Il n'est pas de douleur semblable à ta douleur!»
O Reine des martyrs, en restant exilée,
Tu prodigues pour nous tout le sang de ton cœur!
La maison de saint Jean devient ton seul asile;
Le fils de Zébédée a remplacé Jésus!
C'est le dernier détail que donne l'Evangile:
De la Vierge Marie il ne me parle plus...
Mais son profond silence, ô ma Mère chérie,
Ne révèle-t-il pas que le Verbe éternel
Veut lui-même chanter les secrets de ta vie
Pour charmer tes enfants, tous les élus du ciel?
Bientôt je l'entendrai cette douce harmonie;
Bientôt, dans le beau ciel, je vais aller te voir!
Toi qui vins me sourire au matin de ma vie,
Viens me sourire encor... Mère, voici le soir!
Je ne crains plus l'éclat de ta gloire suprême;
Avec toi j'ai souffert... et je veux maintenant
Chanter sur tes genoux, Vierge, pourquoi je t'aime.....
Et redire à jamais que je suis ton enfant!

Mai 1897.

A saint Joseph.

Air: Par les chants les plus magnifiques.

——

Joseph, votre admirable vie
Se passa dans l'humilité;
Mais de Jésus et de Marie
Vous contempliez la beauté!
Le Fils de Dieu dans son enfance,
Plus d'une fois, avec bonheur,
Soumis à votre obéissance
S'est reposé sur votre cœur!
Comme vous dans la solitude
Nous servons Marie et Jésus;
Leur plaire est notre seule étude,
Nous ne désirons rien de plus.
Sainte Thérèse, Notre Mère,
En vous se confiait toujours;
Elle assure que sa prière
Vous l'exauciez d'un prompt secours.
Quand l'épreuve sera finie,
Nous en avons le doux espoir,
Près de la divine Marie,
O Père, nous irons vous voir!
Alors nous lirons votre histoire
Inconnue au monde mortel;
Nous découvrirons votre gloire
Et la chanterons dans le ciel.

A mon Ange gardien.

Air: Par les chants les plus magnifiques.

——

Glorieux gardien de mon âme,
Toi qui brilles dans le beau ciel
Comme une douce et pure flamme,
Près du trône de l'Eternel;
Tu viens pour moi sur cette terre,
Et m'éclairant de ta splendeur,
Bel Ange, tu deviens mon frère,
Mon ami, mon consolateur!
Connaissant ma grande faiblesse,
Tu me diriges par la main;
Et je te vois, avec tendresse,
Oter la pierre du chemin.
Toujours ta douce voix m'invite
A ne regarder que les cieux;
Plus tu me vois humble et petite,
Et plus ton front est radieux.
O toi qui traverses l'espace
Plus promptement que les éclairs,
Vole bien souvent à ma place
Auprès de ceux qui me sont chers;
De ton aile sèche leurs larmes,
Chante combien Jésus est bon!
Chante que souffrir a des charmes,
Et tout bas murmure mon nom.
Je veux, pendant ma courte vie,
Sauver mes frères les pécheurs;
O bel Ange de la patrie,
Donne-moi tes saintes ardeurs.
Je n'ai rien que mes sacrifices,
Et mon austère pauvreté;
Unis à tes pures délices,
Offre-les à la Trinité.
A toi, le royaume et la gloire,
Les richesses du Roi des rois.
A moi, le Pain du saint ciboire,
A moi, le trésor de la Croix.
Avec la Croix, avec l'Hostie,
Avec ton céleste secours,
J'attends en paix, de l'autre vie,
Le bonheur qui dure toujours!

Février 1897.

A mes petits Frères du ciel, les saints Innocents.

Air: Le fil de la Vierge ou La Rose mousse.

«Le Seigneur rassemblera les petits Agneaux et les prendra sur son sein.» Is., XL, II.

«Heureux ceux que Dieu tient pour justes sans les œuvres! car à l'égard de ceux qui font les œuvres, la récompense n'est point regardée comme une grâce, mais comme une chose due. C'est donc gratuitement que ceux qui ne font pas les œuvres sont justifiés par la grâce, en vertu de la Rédemption dont Jésus-Christ est l'Auteur.»

Rom., IV, 4, 5, 6.

Heureux petits enfants! avec quelles tendresses
Le Roi des cieux
Vous bénit autrefois, et combla de caresses
Vos fronts joyeux!
De tous les Innocents vous étiez la figure,
Et j'entrevois
Les biens que, dans le ciel, vous donne sans mesure
Le Roi des rois.
Vous avez contemplé les immenses richesses
Du paradis,
Avant d'avoir connu nos amères tristesses,
Chers petits lis!
O boutons parfumés, moissonnés dès l'aurore
Par le Seigneur...
Le doux soleil d'amour qui sut vous faire éclore,
Ce fut son Cœur!
Quels ineffables soins, quelle tendresse exquise,
Et quel amour
Vous prodigue ici-bas notre Mère l'Eglise,
Enfants d'un jour!
Dans ses bras maternels vous fûtes en prémices
Offerts à Dieu.
Toute l'éternité vous ferez les délices
Du beau ciel bleu.
Enfants, vous composez le virginal cortège
Du doux Agneau;
Et vous pouvez redire, étonnant privilège!
Un chant nouveau.
Vous êtes, sans combats, parvenus à la gloire
Des conquérants;
Le Sauveur a pour vous remporté la victoire,
Vainqueurs charmants!
On ne voit point briller de pierres précieuses
Dans vos cheveux,
Seul, le reflet doré de vos boucles soyeuses
Ravit les cieux...
Les trésors des élus, leurs palmes, leurs couronnes,
Tout est à vous!
Dans la sainte patrie, enfants, vos riches trônes
Sont leurs genoux.
Ensemble vous jouez avec les petits anges
Près de l'autel;
Et vos chants enfantins, gracieuses phalanges,
Charment le ciel!
Le bon Dieu vous apprend comment il fait les roses,
L'oiseau, les vents;
Nul génie ici-bas ne sait autant de choses
Que vous, Enfants!
Du firmament d'azur, soulevant tous les voiles
Mystérieux,
En vos petites mains vous prenez les étoiles
Aux mille feux.
En courant vous laissez une trace argentée;
Souvent le soir,
Quand je vois la blancheur de la route lactée,
Je crois vous voir.....
Dans les bras de Marie, après toutes vos fêtes,
Vous accourez;
Sous son voile étoilé cachant vos blondes têtes,
Vous sommeillez...
Charmants petits lutins, votre enfantine audace
Plaît au Seigneur;
Vous osez caresser son adorable Face,
Quelle faveur!
C'est vous que le Seigneur me donna pour modèle,
Saints Innocents!
Je veux être ici-bas votre image fidèle,
Petits enfants.
Ah! daignez m'obtenir les vertus de l'enfance;
Votre candeur,
Votre abandon parfait, votre aimable innocence
Charment mon cœur.
O Seigneur, tu connais de mon âme exilée
Les vœux ardents:
Je voudrais moissonner, beau Lis de la vallée,
Des lis brillants...
Ces boutons printaniers, je les cherche et les aime
Pour ton plaisir;
Sur eux daigne verser l'eau sainte du baptême:
Viens les cueillir!
Oui, je veux augmenter la candide phalange
Des Innocents;
Ma joie et mes douleurs, j'offre tout en échange
D'âmes d'enfants.
Parmi ces Innocents je réclame une place,
Roi des élus,
Comme eux je veux au ciel baiser ta douce Face,
O mon Jésus!

Février 1897.

La mélodie de sainte Cécile.

——

«Pendant le son des instruments, Cécile chantait en son cœur.»

Off. de L'Eglise.

O Sainte du Seigneur, je contemple ravie
Le sillon lumineux qui demeure après toi;
Je crois entendre encor ta douce mélodie,
Oui, ton céleste chant arrive jusqu'à moi!
De mon âme exilée écoute la prière,
Laisse-moi reposer sur ton cœur virginal:
Ce lis immaculé qui brilla sur la terre
D'un éclat merveilleux et presque sans égal.
O très chaste colombe, en traversant la vie
Tu ne cherchas jamais d'autre époux que Jésus;
Ayant choisi ton âme, il se l'était unie,
La trouvant embaumée et riche de vertus.
Cependant un mortel, radieux de jeunesse,
Respira ton parfum, blanche et céleste fleur;
Afin de te cueillir, de gagner ta tendresse,
Valérien voulut te donner tout son cœur.
Bientôt il prépara des noces magnifiques,
Son palais retentit de chants mélodieux;
Mais ton cœur virginal redisait des cantiques
Dont l'écho tout divin s'élevait jusqu'aux cieux...
Que pouvais-tu chanter si loin de ta patrie,
Et voyant près de toi ce fragile mortel?
Sans doute tu voulais abandonner la vie
Et t'unir pour jamais à Jésus dans le ciel?
Mais non! j'entends vibrer ta lyre séraphique,
Lyre de ton amour, dont l'accent fut si doux;
Tu chantais au Seigneur ce sublime cantique:
«Conserve mon cœur pur, Jésus, mon tendre Epoux!»
Ineffable abandon! divine mélodie!
Tu révèles l'amour par ton céleste chant:
L'amour qui ne craint pas, qui s'endort et s'oublie
Sur le Cœur de son Dieu, comme un petit enfant...
Dans la voûte d'azur parut la blanche étoile
Qui venait éclairer, de ses timides feux,
La lumineuse nuit qui nous montra sans voile
Le virginal amour des époux dans les cieux.
. . . . . . . . . . . . . . . .
Alors Valérien rêvait la jouissance,
Cécile, ton amour était tout son désir;
Il trouva plus encor dans ta noble alliance:
Tu lui montras d'en haut l'éternel avenir!
«Jeune ami, lui dis-tu, près de moi toujours veille
«Un Ange du Seigneur qui garde mon cœur pur;
«Il ne me quitte pas, même quand je sommeille,
«Et me couvre joyeux de ses ailes d'azur.
«La nuit, je vois briller son aimable visage
«D'un éclat bien plus doux que les feux du matin;
«Sa face me paraît la transparente image,
«Le pur rayonnement du Visage divin.»
Valérien reprit: «Montre-moi ce bel Ange,
«Afin qu'à ton serment je puisse ajouter foi;
«Autrement, crains déjà que mon amour ne change
«En terrible fureur, en haine contre toi.»
O colombe cachée aux fentes de la pierre,
Tu ne redoutais pas les filets du chasseur!
La Face de Jésus te montrait sa lumière,
L'Evangile sacré reposait sur ton cœur...
Tu lui dis aussitôt avec un doux sourire:
«Mon céleste Gardien exauce ton désir;
«Bientôt tu le verras, il daignera te dire
«Que pour voler aux cieux, tu dois être martyr...
«Mais avant de le voir, il faut que le baptême
«Répande dans ton âme une sainte blancheur;
«Il faut que le vrai Dieu l'habite par lui-même,
«Il faut que l'Esprit-Saint donne vie à ton cœur.
«Le Verbe, Fils du Père, et le Fils de Marie,
«Dans son immense amour s'immole sur l'autel;
«Tu dois aller t'asseoir au Banquet de la vie,
«Afin de recevoir Jésus, le Pain du ciel.
«Alors le Séraphin t'appellera son frère,
«Et, voyant dans ton cœur le trône de son Dieu,
«Il te fera quitter les plages de la terre;
«Tu verras le séjour de cet esprit de feu.»
—«Je sens brûler mon cœur d'une nouvelle flamme»,
S'écria, transformé, l'ardent patricien;
«Je veux que le Seigneur habite dans mon âme,
«Cécile, mon amour sera digne du tien!»
Revêtu de la robe, emblème d'innocence,
Valérien put voir le bel Ange des deux;
Il contempla ravi sa sublime puissance,
Il vit le doux éclat de son front radieux.
Le brillant Séraphin tenait de fraîches roses,
Il tenait de beaux lis éclatants de blancheur...
Dans les jardins du ciel, ces fleurs étaient écloses
Sous les rayons d'amour de l'Astre créateur.
—«Epoux chéris des cieux, les roses du martyre
«Couronneront vos fronts, dit l'Ange du Seigneur.
«Il n'est pas une voix, il n'est pas une lyre
«Capable de chanter cette grande faveur.
«Je m'abîme en mon Dieu, je contemple ses charmes,
«Mais je ne puis pour lui m'immoler et souffrir,
«Je ne puis lui donner ni mon sang, ni mes larmes;
«Pour dire mon amour, je ne saurais mourir.
«La pureté, de l'Ange est le brillant partage,
«Son immense bonheur ne doit jamais finir;
«Mais sur le Séraphin vous avez l'avantage:
«Vous pouvez être purs et vous pouvez souffrir!
. . . . . . . . . . . . . . . . . .
«De la virginité, vous voyez le symbole
«Dans ces lis embaumés, doux présent de l'Agneau;
«Vous serez couronnés de la blanche auréole,
«Vous chanterez toujours le cantique nouveau...
«Votre chaste union enfantera des âmes
«Qui ne rechercheront d'autre époux que Jésus;
«Vous les verrez briller comme de pures flammes,
«Près du trône divin, au séjour des élus.»
Cécile, prête-moi ta douce mélodie;
Je voudrais convertir à Jésus tant de cœurs!
Je voudrais, comme toi, sacrifier ma vie,
Je voudrais lui donner tout mon sang et mes pleurs...
Obtiens-moi de goûter, sur la rive étrangère,
Le parfait abandon, ce doux fruit de l'amour;
O Sainte de mon cœur! bientôt, loin de la terre,
Obtiens-moi de voler près de toi, sans retour...

28 avril 1893.

Cantique de sainte Agnès.

Air: Le Lac (Niedermeyer).

——

Le Christ est mon amour, il est toute ma vie,
Il est le Fiancé qui seul ravit mes yeux;
J'entends déjà vibrer de sa douce harmonie
Les sons mélodieux.
Mes cheveux sont ornés de pierres précieuses,
Déjà brille à mon doigt son anneau nuptial;
Il a daigné couvrir d'étoiles lumineuses
Mon manteau virginal.
Il a paré ma main de perles sans pareilles,
Il a mis à mon cou des colliers de grand prix;
En ce jour bienheureux, brillent à mes oreilles
De célestes rubis.
Oui, je suis fiancée à Celui que les Anges
Serviront en tremblant toute l'éternité;
La lune et le soleil racontent ses louanges,
Admirent sa beauté.
Son empire est le ciel, sa nature est divine,
Une Vierge ici-bas, pour Mère, il se choisit;
Son Père est le vrai Dieu qui n'a pas d'origine,
Il est un pur esprit.
Lorsque j'aime le Christ et lorsque je le touche,
Mon cœur devient plus pur, je suis plus chaste encor;
De la virginité, le baiser de sa bouche
M'a donné le trésor...
Il a déjà posé son signe sur ma face,
Afin que nul amant n'ose approcher de moi;
Mon cœur est soutenu par la divine grâce
De mon aimable Roi.
De son sang précieux je suis tout empourprée,
Je crois goûter déjà les délices du ciel!
Et je puis recueillir sur sa bouche sacrée
Le lait avec le miel.
Aussi je ne crains rien, ni le fer, ni la flamme,
Non, rien ne peut troubler mon ineffable paix;
Et le feu de l'amour qui consume mon âme
Ne s'éteindra jamais...

21 janvier 1896.

Au Vénérable Théophane Vénard.

Air: Les adieux du Martyr.

——

Tous les élus célèbrent tes louanges,
O Théophane, angélique martyr!
Et je le sais, dans les saintes phalanges,
Le Séraphin aspire à te servir.
Ne pouvant pas, sur la rive étrangère,
Mêler ma voix à celle des élus,
Je veux du moins, sur cette pauvre terre,
Prendre ma lyre et chanter tes vertus.
Ton court exil fut comme un doux cantique
Dont les accents savaient toucher les cœurs,
Et, pour Jésus, ton âme poétique,
A chaque instant, faisait naître des fleurs...
En t'élevant vers la céleste sphère,
Ton chant d'adieu fut encore printanier;
Tu murmurais: «Moi, petit éphémère,
«Dans le beau ciel, je m'en vais le premier!»
Heureux martyr, à l'heure du supplice,
Tu savourais le bonheur de souffrir!
Souffrir pour Dieu te semblait un délice;
En souriant, tu sus vivre et mourir.
A ton bourreau tu t'empressas de dire,
Lorsqu'il t'offrit d'abréger ton tourment:
«Plus durera mon douloureux martyre,
«Mieux ça vaudra, plus je serai content!»
Lis virginal, au printemps de ta vie,
Le Roi du ciel entendit ton désir;
Je vois en toi «la fleur épanouie
«Que le Seigneur cueillit pour son plaisir».
Et maintenant tu n'es plus exilée,
Les bienheureux admirent ta splendeur;
Rose d'amour, la Vierge immaculée
De ton parfum respire la fraîcheur...
Soldat du Christ, ah! prête-moi tes armes;
Pour les pécheurs, je voudrais ici-bas
Lutter, souffrir, donner mon sang, mes larmes;
Protège-moi, viens soutenir mon bras.
Je veux pour eux, ne cessant pas la guerre,
Prendre d'assaut le royaume de Dieu;
Car le Seigneur apporta sur la terre,
Non pas la paix, mais le glaive et le feu.
Je la chéris, cette plage infidèle
Qui fut l'objet de ton ardent amour;
Avec bonheur je volerais vers elle,
Si mon Jésus le demandait un jour...
Mais devant lui s'effacent les distances;
Il n'est qu'un point tout ce vaste univers!
Mes actions, mes petites souffrances
Font aimer Dieu jusqu'au delà des mers.
Ah! si j'étais une fleur printanière
Que le Seigneur voulût bientôt cueillir!
Descends du ciel à mon heure dernière,
Je t'en conjure, ô bienheureux Martyr!
De ton amour aux virginales flammes,
Viens m'embraser en ce séjour mortel,
Et je pourrai voler avec tes âmes
Qui formeront ton cortège éternel.

2 février 1897.

TROISIÈME PARTIE

————

La Bergère de Domremy
écoutant ses Voix.

Fragments.
Récréation Pieuse

——

Moi, Jeanne la bergère,
Je chéris mon troupeau;
Ma houlette est légère
Et j'aime mon fuseau.
J'aime la solitude
De ce joli bosquet;
J'ai la douce habitude
D'y venir en secret.
J'y tresse une couronne
De belles fleurs des champs;
Je l'offre à la Madone
Avec mes plus doux chants.
J'admire la nature,
Les fleurs et les oiseaux;
Du ruisseau qui murmure
Je contemple les eaux.
Les vallons, les campagnes
Réjouissent mes yeux;
Le sommet des montagnes
Me rapproche des cieux.
J'entends des voix étranges
Qui viennent m'appeler...
Je crois bien que les anges
Doivent ainsi parler.
J'interroge l'espace,
Je contemple les cieux;
Je ne vois nulle trace
D'êtres mystérieux.
Franchissant le nuage
Qui doit me les voiler,
Au céleste rivage
Que ne puis-je voler!
. . . . . . . . . . . . . . .

Sainte Catherine et Sainte Marguerite.
Air: L'Ange et l'âme.

Aimable enfant, notre douce compagne,
Ta voix si pure a pénétré le ciel,
L'Ange gardien qui toujours t'accompagne
A présenté tes vœux à l'Eternel.
Nous descendons de son céleste empire,
Où nous régnons pour une éternité;
C'est par nos voix que Dieu daigne te dire
Sa volonté.
Il faut partir pour sauver la patrie,
Garder sa foi, lui conserver l'honneur;
Le Roi des cieux et la Vierge Marie
Sauront toujours rendre ton bras vainqueur.
(Jeanne pleure.)
Console-toi, Jeanne, sèche tes larmes,
Prête l'oreille et regarde les cieux:
Là, tu verras que souffrir a des charmes,
Tu jouiras de chants harmonieux.
Ces doux refrains fortifieront ton âme
Pour le combat qui doit bientôt venir;
Jeanne, il te faut un amour tout de flamme,
Tu dois souffrir!
Pour l'âme pure, en la nuit de la terre,
L'unique gloire est de porter la croix;
Un jour au ciel, ce sceptre tout austère
Sera plus beau que le sceptre des rois.

Saint Michel.
Air: Partez, hérauts.

Je suis Michel, le gardien de la France,
Grand Général au royaume des cieux;
Jusqu'aux enfers j'exerce ma puissance,
Et le démon en est tout envieux.
Jadis aussi, très brillant de lumière,
Satan voulut régner dans le saint lieu;
Mais je lançai comme un bruit de tonnerre
Ces mots: «Qui peut égaler Dieu?»
Au même instant la divine vengeance,
Creusant l'abîme, y plongea Lucifer;
Car pour l'ange orgueilleux il n'est point de clémence,
Il mérite l'enfer.
Oui, c'est l'orgueil qui, renversant cet ange,
De Lucifer a fait un réprouvé:
Plus tard aussi, l'homme chercha la fange,
Mais de secours il ne fut pas privé.
C'est l'Eternel, le Verbe égal au Père,
Qui, revêtant la pauvre humanité,
Régénéra son œuvre tout entière
Par sa profonde humilité.
Ce même Dieu daigne sauver la France;
Mais ce n'est pas par un grand conquérant.
Il rejette l'orgueil et prend de préférence
Un faible bras d'enfant.
Jeanne, c'est toi que le ciel a choisie,
Il faut partir pour répondre à sa voix;
Il faut quitter tes agneaux, ta prairie,
Ce frais vallon, la campagne et les bois.
Arme ton bras! vole et sauve la France!
Va... ne crains rien, méprise le danger;
Va! je saurai couronner ta vaillance,
Et tu chasseras l'étranger.
Prends cette épée et la porte à la guerre;
Depuis longtemps Dieu la gardait pour toi:
Prends pour ton étendard une blanche bannière,
Et va trouver le roi...

Jeanne seule.
Air: La plainte du Mousse.

Pour vous seul, ô mon Dieu, je quitterai mon père,
Tous mes parents chéris et mon clocher si beau.
Pour vous je vais partir et combattre à la guerre,
Pour vous je vais laisser mon vallon, mon troupeau.
Au lieu de mes agneaux je conduirai l'armée...
Je vous donne ma joie et mes dix-huit printemps!
Pour vous plaire, Seigneur, je manierai l'épée,
Au lieu de me jouer avec les fleurs des champs.
Ma voix, qui se mêlait au souffle de la brise,
Doit bientôt retentir jusqu'au sein du combat;
Au lieu du son rêveur d'une cloche indécise,
J'entendrai le grand bruit d'un peuple qui se bat!
Je désire la croix, j'aime le sacrifice:
Ah! daignez m'appeler, je suis prête à souffrir.
Souffrir pour votre amour, ô Maître, c'est délice!
Jésus, mon Bien-Aimé, pour vous je veux mourir...

Saint Michel.
Air: Les Rameaux (de Faure).

Il en est temps, Jeanne, tu dois partir.
C'est le Seigneur qui t'arme pour la guerre;
Fille de Dieu, ne crains pas de mourir,
Bientôt viendra l'éternelle lumière!

Sainte Marguerite.

O douce enfant, tu régneras.

Sainte Catherine.

Tu suivras de l'Agneau la trace virginale...

Les deux Saintes ensemble.

Comme nous tu chanteras
Du Dieu Très-Haut, la puissance royale.

Saint Michel.

Jeanne, ton nom est écrit dans les cieux,
Avec les noms des sauveurs de la France;
Tu brilleras d'un éclat merveilleux,
Comme une reine en sa magnificence.

Les saintes offrant à Jeanne la palme et la couronne.

Avec bonheur nous contemplons
Ce reflet qui déjà sur ta tête rayonne,
Et du ciel nous t'apportons.

Sainte Catherine.

La palme du martyre.

Sainte Marguerite.

Et la couronne.

Saint Michel, présentant l'épée.

Il faut combattre avant d'être vainqueur;
Non, pas encor la palme et la couronne!
Mérite-les dans les champs de l'honneur;
Jeanne, entends-tu le canon qui résonne?

Les Saintes ensemble.

Dans les combats nous te suivrons,
Nous te ferons toujours remporter la victoire,
Et bientôt nous poserons
Sur ton front pur l'auréole de gloire.

Jeanne seule.

Avec vous, saintes bien-aimées,
Je ne craindrai pas le danger;
Je prierai le Dieu des armées,
Et je chasserai l'étranger.
J'aime la France, ma patrie;
Je veux lui conserver la foi,
Je lui sacrifierai ma vie
Et je combattrai pour mon roi.
Non, je ne crains pas de mourir,
C'est l'éternité que j'espère.
Maintenant qu'il me faut partir,
O mon Dieu, consolez ma mère...
Saint Michel, daignez me bénir!

Saint Michel.

J'entends déjà tous les élus du ciel
Chanter joyeux en écoutant la lyre
Du Pape-Roi, du Pontife immortel
Appelant Jeanne une sainte Martyre.
J'entends l'univers proclamer
Les vertus de l'enfant qui fut humble et pieuse;
Et je vois Dieu confirmer
Le beau nom de Jeanne la Bienheureuse!
En ces grands jours la France souffrira,
L'impiété souillera son enceinte;
De Jeanne, alors, la gloire brillera;
Toute âme pure invoquera la Sainte.
Des voix monteront vers les cieux,
S'harmonisant en chœur, vibrantes d'espérance:
Jeanne d'Arc, entends nos vœux;
Une seconde fois, sauve la France!

1894.

Hymne de Jeanne d'Arc
après ses victoires.

Air: Les regrets de Mignon.

——

A vous tout l'honneur et la gloire,
O mon Dieu, Seigneur tout-puissant!
Vous m'avez donné la victoire
A moi, faible et timide enfant.
Et vous, ô ma divine Mère,
Bel astre toujours radieux,
Vous avez été ma lumière,
Me protégeant du haut des cieux!
De votre éclatante blancheur,
O douce et lumineuse étoile,
Quand donc verrai-je la splendeur?
Quand serai-je sous votre voile,
Me reposant sur votre cœur?...
Mon âme en l'exil de la terre
Aspire au bonheur éternel;
Rien ne saurait la satisfaire...
Il lui faut son Dieu dans le ciel!
Mais, avant de le voir sans ombre,
Je veux combattre pour Jésus,
Lui gagner des âmes sans nombre,
Je veux l'aimer de plus en plus.
L'exil passera comme un jour;
Bientôt au céleste rivage
Je m'envolerai sans retour;
Bientôt, sans ombre, sans nuage,
Je verrai Jésus, mon amour!

Prière de Jeanne d'Arc dans sa prison.

Air: La plainte du Mousse.

——

Mes voix me l'ont prédit: me voici prisonnière;
Je n'attends de secours que de vous, ô mon Dieu!
Pour votre seul amour j'ai quitté mon vieux père,
Ma campagne fleurie et mon ciel toujours bleu;
J'ai quitté mon vallon, ma mère bien-aimée,
Et montrant aux guerriers l'étendard de la croix,
Seigneur, en votre nom j'ai commandé l'armée:
Les plus grands généraux ont entendu ma voix.
Une sombre prison, voilà ma récompense,
Le prix de mes travaux, de mon sang, de mes pleurs!...
Je ne reverrai plus les lieux de mon enfance,
Ma riante prairie avec ses mille fleurs...
Je ne reverrai plus la montagne lointaine
Dont le sommet neigeux se plonge dans l'azur,
Et je n'entendrai plus, de la cloche incertaine,
Le son doux et rêveur onduler dans l'air pur...
Dans mon cachot obscur, je cherche en vain l'étoile
Qui scintille le soir au firmament si beau!
La feuillée, au printemps, qui me servait de voile,
Lorsque je m'endormais en gardant mon troupeau.
Ici, quand je sommeille au milieu de mes larmes,
Je rêve les parfums, la fraîcheur du matin;
Je rêve mon vallon, les bois remplis de charmes,
Mais le bruit de mes fers me réveille soudain...
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Seigneur, pour votre amour j'accepte le martyre,
Je ne redoute plus ni la mort, ni le feu.
C'est vers vous, ô Jésus, que mon âme soupire;
Je n'ai plus qu'un désir, et c'est vous, ô mon Dieu!
Je veux prendre ma croix, doux Sauveur, et vous suivre,
Mourir pour votre amour, je ne veux rien de plus.
Je désire mourir pour commencer à vivre,
Je désire mourir pour m'unir à Jésus.

1894.

Les Voix de Jeanne
pendant son martyre.

Air: Au sein de l'heureuse patrie.

——

Nous descendons de la rive éternelle
Pour te sourire et t'emporter aux cieux;
Vois en nos mains la couronne immortelle
Qui brillera sur ton front glorieux.
Viens avec nous, vierge chérie,
Oh! viens en notre beau ciel bleu;
Quitte l'exil pour la patrie,
Viens jouir de la vie,
Fille de Dieu!
De ce bûcher la flamme est embrasée,
Mais plus ardent est l'amour de ton Dieu;
Bientôt pour toi l'éternelle rosée
Va remplacer le supplice du feu.
Enfin voici la délivrance,
Regarde, ange libérateur...
Déjà la palme se balance,
Vers toi Jésus s'avance,
Fille au grand cœur!
Vierge martyre, un instant de souffrance
Va te conduire au repos éternel.
Ne pleure pas, ta mort sauve la France;
A ses enfants tu dois ouvrir le ciel!
Jeanne, expirant.
J'entre dans l'éternelle vie,
Je vois les anges, les élus...
Je meurs pour sauver ma patrie!
Venez, Vierge Marie;
«Jésus... Jésus!...»

Le jugement divin.

Air: Mignon regrettant sa patrie.

——

Je te réponds d'en haut, puisque ta voix m'appelle;
Je brise le lien qui t'enchaîne en ces lieux.
Oh I vole jusqu'à moi, colombe toute belle,
Viens... l'hiver est passé; viens régner dans les cieux!
Jeanne, ton Ange te réclame,
Et moi, le Juge de ton âme,
En toi, toujours, je le proclame,
J'ai vu briller la flamme de l'amour.
Oh! viens, tu seras couronnée,
Tes pleurs, je veux les essuyer.
De l'exil l'ombre est déclinée,
Je veux te donner mon baiser!
Avec tes compagnes,
Viens sur les montagnes;
Et dans les campagnes,
Tu suivras l'Agneau.
O ma bien-aimée,
Je t'ai réclamée;
Chante, transformée,
Le refrain nouveau.
De tous les saints Anges,
Les blanches phalanges
Chantent tes louanges
Près de l'Eternel.
Timide bergère,
Vaillante guerrière,
Ton nom sur la terre
Doit être immortel.
Timide bergère,
Vaillante guerrière,
Je te donne le ciel!...