Comment il faut remédier aux petites tentations.

Or donc, quant à ces petites tentations de vanité, de soupçons, de chagrin, de jalousie, d'envie, de folâtrerie, et autres semblables, qui, comme de petites mouches, viennent passer devant nos yeux, et nous piquer tantôt sur la joue, et tantôt sur le nez, comme il est impossible d'en être tout-à-fait exempt, le meilleur parti à prendre est de ne s'en pas tourmenter; car tout cela ne peut nuire, quelqu'ennui que cela cause, pourvu que l'on soit bien résolu de toujours servir Dieu.

Méprisez donc ces foibles attaques, et ne daignez pas même penser à ce qu'elles veulent dire; laissez-les bourdonner à vos oreilles tant qu'elles voudront, et courir çà et là autour de vous comme font les mouches; et quand elles viendront pour vous piquer, et que vous les verrez tant soit peu s'arrêter en votre cœur, ne faites autre chose sinon simplement de les ôter; ne combattez pas contre elles, et ne leur répondez pas, mais occupez votre cœur de quelque chose de bon, et spécialement de l'amour de Dieu; car, si vous m'en croyez, vous ne vous obstinerez pas à opposer à la tentation la vertu qui lui est contraire, parce que ce seroit presque vouloir disputer avec elle; mais après avoir fait un acte de la vertu qui lui est directement contraire, en supposant que vous ayez pu reconnoître la nature de la tentation, faites un simple retour de votre cœur vers Jésus-Christ crucifié, et, vous tenant en esprit à ses pieds, baisez-les avec le plus d'amour qu'il vous sera possible. C'est le meilleur moyen de vaincre l'ennemi, tant dans les petites que dans les grandes tentations; car l'amour de Dieu contenant en soi toutes les perfections de toutes les vertus, et plus excellemment que les vertus mêmes, il est aussi un plus souverain remède à tous les vices; et votre esprit, s'accoutumant dans toutes les tentations à recourir à ce rendez-vous général, ne sera point obligé de regarder et d'examiner quelles tentations il a; mais simplement, se sentant troublé, il ira chercher la paix dans ce grand remède, dont le démon a une telle peur, que, quand il voit que ses tentations nous provoquent à ce divin amour, il cesse de nous en faire.

Voilà donc ce qui concerne les menues tentations, avec lesquelles, si l'on vouloit les prendre en détail, on se morfondroit et on ne feroit rien.


[CHAPITRE X.]