De la très-sainte Messe, et de la manière de l'entendre; cinquième exercice.

1. Je ne vous ai point encore parlé du soleil des exercices spirituels, qui est le très-saint, très-sacré, et très-adorable sacrifice et sacrement de l'autel, centre de la religion chrétienne, cœur de la dévotion, ame de la piété, mystère ineffable, et profond abîme de la charité divine par lequel Dieu, en se donnant réellement à nous, nous communique magnifiquement ses grâces et ses faveurs.

2. La prière faite en union de ce divin sacrifice a une force merveilleuse; car l'ame se trouvant alors comme appuyée sur son bien-aimé, abonde en faveurs célestes, et reçoit tant de consolations et de suavités spirituelles, qu'elle ressemble, pour me servir de l'expression du Cantique, à ces colonnes de fumée qui s'échappent de la myrrhe et de l'encens et des bois aromatiques les plus exquis.

3. Faites donc tous vos efforts pour assister tous les jours à la sainte messe, afin d'offrir avec le prêtre le sacrifice que votre Sauveur offre continuellement à Dieu son Père pour vous et pour toute l'Eglise. Toujours les anges s'y trouvent en grand nombre, dit saint Jean Chrysostôme, pour honorer par leur présence ce saint et redoutable mystère; et nous y trouvant avec eux, nous ne pouvons que recevoir une très-heureuse influence d'une telle société. Les chœurs de l'Eglise triomphante et ceux de l'Eglise militante se tiennent unis à Notre-Seigneur pendant cette divine action, pour nous gagner par lui, avec lui, et en lui, le cœur de Dieu son Père, et attirer sur nous toute sa miséricorde. Quel bonheur donc pour une ame dévote de contribuer par ses propres affections à un bien si précieux et si désirable!

4. Si par quelque force majeure vous ne pouvez assister d'une présence réelle à ce souverain sacrifice, au moins faut-il que vous y portiez votre cœur pour y assister spirituellement. Prenez donc un moment le matin pour aller en esprit à l'église, si vous ne pouvez y aller autrement; unissez votre intention à celle de tous les chrétiens, et faites au lieu où vous êtes les mêmes actes intérieurs que vous feriez si vous étiez réellement présente à la sainte messe dans quelque église.

5. Or, pour bien entendre la sainte messe, soit réellement, soit mentalement, voici une méthode que je vous propose:

1.º Depuis le commencement jusqu'à ce que le prêtre soit monté à l'autel, faites avec lui la préparation, qui consiste à vous mettre en la présence de Dieu, à reconnoître votre indignité et à demander pardon de vos fautes.

2.º Depuis que le prêtre est monté à l'autel, jusqu'à l'Evangile, considérez la venue et la vie de Notre-Seigneur en ce monde par une considération simple et générale.

3.º Depuis l'Evangile jusqu'au Credo, considérez la prédication de Notre-Seigneur; protestez-lui que vous voulez vivre et mourir dans la foi et l'obéissance de sa sainte parole, et dans l'union de la sainte Eglise catholique.

4.º Depuis le Credo jusqu'au Pater, appliquez votre cœur aux mystères de la passion et de la mort de notre Rédempteur, qui vous sera alors réellement et essentiellement représentée; et vous unissant d'intention au prêtre et au reste du peuple, offrez le saint sacrifice à Dieu le Père pour son honneur et pour votre salut.

5.º Depuis le Pater jusqu'à la communion, efforcez-vous de faire naître en votre cœur mille ardens désirs d'être à jamais unie à notre Sauveur par les liens d'un amour éternel.

6.º Depuis la communion jusqu'à la fin, remerciez la divine Majesté de son incarnation, de sa vie, de sa passion, de sa mort, et de l'amour immense qu'il nous témoigne dans le saint sacrifice, le conjurant par tous ses mérites de vous être à jamais propice, à vos parens, à vos amis et à toute l'Eglise. Puis, vous humiliant de tout votre cœur, recevez dévotement la bénédiction divine que Notre-Seigneur vous donne par la main de son ministre.

Que si, pendant la messe, vous voulez faire votre méditation sur les mystères que vous prenez pour chaque jour, il ne sera pas besoin d'en venir à ces actes particuliers, mais il suffira d'avoir, en commençant, l'intention d'adorer et d'offrir le saint sacrifice par l'exercice de votre méditation; puisque dans toute méditation ces actes se trouvent compris soit expressément, soit tacitement et virtuellement.


[CHAPITRE XV.]