Examen sur les affections de notre ame.
J'ai cru devoir m'étendre un peu sur les points de l'examen qui a pour but de faire connoître les progrès que l'on a faits dans la vie spirituelle; car quant à l'examen des péchés, cela est pour la confession de ceux qui ne cherchent pas à avancer.
Néanmoins, il est bon de ne pas trop se travailler sur chacun de ces articles, mais d'y aller tout doucement, considérant quel usage notre cœur a fait de ses affections depuis les résolutions que nous avions prises, et dans quelles fautes notables nous sommes tombés.
Pour abréger cette besogne, il faut réduire l'examen à la recherche de nos passions; et s'il nous fâche d'entrer si fort dans le détail, considérons simplement ce que nous avons été, et comment nous nous sommes comportés:
En notre amour pour Dieu, pour le prochain, pour nous-mêmes;
En notre haine pour le péché qui se trouve en nous, et aussi pour le péché qui se trouve chez autrui; car nous devons désirer l'extermination de l'un et de l'autre;
En nos désirs touchant les richesses, touchant les plaisirs, touchant les honneurs;
En la crainte des occasions de pécher, et des pertes des biens de ce monde; on craint trop l'un, et trop peu l'autre;
En notre espérance, trop occupée peut-être du monde et des créatures, et pas assez de Dieu et des choses éternelles;
En la tristesse; si elle n'est pas excessive, et pour des choses vaines;
En la joie; si elle n'est pas immodérée, et pour des choses indignes.
Quelles affections enfin embarrassent notre cœur, quelles passions le possèdent, et en quoi principalement il s'est détraqué.
C'est ainsi que par les passions de l'ame on reconnoît son véritable état; mais il faut pour cela les tâter l'une après l'autre; car, comme un joueur de luth pince toutes les cordes, et celles qu'il trouve dissonantes, il les accorde, soit en les tirant, soit en les lâchant; de même, après avoir tâté l'amour, la haine, le désir, la crainte, l'espérance, la tristesse et la joie de notre ame, si nous ne les trouvons pas avec l'intention où nous devons être de rendre gloire à Dieu, nous pourrons les accorder moyennant sa sainte grâce et l'avis de notre père spirituel.