Seconde considération. Sur l'excellence des vertus.
Considérez que les vertus et la dévotion peuvent seules rendre notre ame heureuse en ce monde. Voyez combien elles sont belles; comparez ensemble les vertus et les vices qui leur sont contraires; quelle différence de la patience à la vengeance, de la douceur à la colère, de l'humilité à l'arrogance, de la générosité à l'avarice, de la charité à l'envie, de la sobriété à la débauche? N'est-ce pas une chose admirable comme les vertus remplissent l'ame de délices et de suavités non pareilles, après qu'on les a pratiquées, tandis que les vices ne laissent après eux qu'amertume et que dégoût! Or donc, pourquoi n'entreprendrions-nous pas d'acquérir ces douceurs?
Des vices, qui n'en a qu'un peu n'est pas content, et qui en a beaucoup est mécontent: mais des vertus, qui n'en a qu'un peu est déjà satisfait, et ensuite plus il en a, plus son bonheur augmente. O vie dévote! que vous êtes belle, douce, agréable et heureuse! vous adoucissez les tribulations, et donnez de la suavité aux consolations: sans vous le bien est mal, le plaisir est amer, le repos est inquiet: ah! qui vous connoîtroit pourroit bien dire avec la Samaritaine: Domine, da mihi hanc aquam, Seigneur, donnez-moi cette eau. Aspiration fort ordinaire à la mère Thérèse, et à sainte Catherine de Gênes, quoique pour différens sujets.