SCÈNE PREMIÈRE.
LE VIEILLARD. (Il compte.)
1, 2, 3 . . 19, 20. Voilà donc précisément aujourd'hui vingt ans que je suis relégué dans cette île déserte. Le despote qui a signé mon bannissement est peut-être mort à présent... Là-bas, dans ma pauvre patrie, on me croit brûlé par le volcan, ou déchiré sous la dent de quelques bêtes féroces, ou mangé par des antropophages. Le volcan, les animaux carnaciers, les sauvages, semblent avoir respecté jusqu'à ce jour la victime d'un roi...
Mes bons amis tardent bien à venir: le soleil est pourtant levé!... Qu'est ce que j'aperçois?... Ce ne sont pas leurs canots ordinaires... Une chaloupe!... elle approche à force de rames. Des blancs... des Européens!... Si c'étaient de mes compatriotes, des Français... Ils viènent peut-être me chercher... Le tyran sera mort; et son successeur, pour se populariser, comme cela se pratique à tous les avénements au trône, aura fait grâce à quelques victimes innocentes du règne précédent... Je ne veux point de la clémence d'un despote: je resterai, je mourrai dans cette île volcanisée, plutôt que de retourner sur le continent, du moins tant qu'il y aura des rois et des prêtres.
Caché derrière cette roche, il faut que je sache à qui tout ce monde en veut ici.