MOURIOU.
Mouriou est d'Angers et y demeure, mais il est maître des comptes de la chambre de Nantes, et il va servir son semestre. Il fut amoureux, dix-huit ou vingt ans, de la femme qu'il a épousée en secondes noces. Un jour qu'ils se devoient marier, et qu'on étoit prêt d'aller au moustier, cette femme, appelée mademoiselle Liquet, dit que résolument il n'en seroit rien, qu'on avoit dit que cet homme avoit été bien avec elle, et qu'elle ne vouloit pas qu'on pût dire que c'étoit pour couvrir son honneur qu'elle l'épousoit, et par cette belle raison ne voulut point passer outre. Quelque temps après, un ami commun, qui vouloit faire ce mariage, manda au galant qu'il se trouvât un tel jour à La Barbottière, maison de mademoiselle Liquet; il s'y rendit en même temps que les autres. «Que venez-vous faire ici? lui dit-elle, je vous avois défendu de me voir; retournez-vous-en.» Il remonte à cheval, sans rien dire. Elle fut touchée de cette obéissance aveugle, et lui cria: «Descendez, descendez, si on ne vous peut donner une chambre, on vous mettra au grenier.» Le lendemain, on alla se promener à une maison; Mouriou étoit à cheval. Pour le faire mettre à la portière, auprès de sa maîtresse, cet ami, qui s'y étoit mis exprès, feignit que la tête lui tournoit, et il fit mettre notre homme en sa place. Mouriou conte des douceurs à la demoiselle. «Je vous défends, lui dit-elle, en haussant la voix, de me plus tenir de semblables discours.» Deux jours après, elle se met à compter avec son fermier, mais elle n'en pouvoit venir à bout. «Ma cousine, dit le mourant[ [508], car elle étoit proche parente de sa première femme, si vous vouliez, j'aurois bientôt fait ce compte-là?—Voyons, dit-elle, car vous faites fort l'habile homme.» Il eut bientôt fait le compte. «Allez, dit-elle, en lui prenant la main, puisque vous avez si bien fait ce compte-là, vous le ferez toute votre vie; allons-nous marier.» Dès le lendemain ils se firent épouser par un vicaire d'une chapelle qui est dans une île de la rivière de Loire, vis-à-vis de La Barbottière. On en fit ce couplet à Angers.
A la noce de Jeanne[ [509],
La belle Marion[ [510]
Avoit robe de panne,
Et l'abbé Du Buron[ [511],
Simonnet le notaire,
Et l'eunuque vicaire[ [512],
Et le louche Gérard,
Sont témoins du mystère,
Que firent au Bruhard[ [513],
Jeanne et son vieux penard[ [514].
Les Angevins sont mordants; ils avoient déjà fait un couplet contre le bâtiment que Mouriou avoit fait à la campagne.
Puisque ton architecture,
De lanterne a la figure,
Il faut par raison conclure
Qu'un lanternier[ [515] loge là;
Alleluia! Alleluia!