LA TOUR ROQUELAURE.

La Tour, surnommé La Tour-Roquelaure, étoit bien parent de Roquelaure, mais n'étoit point de la même maison, si ce n'est par les femmes; mais on l'appela ainsi à cause qu'il étoit toujours avec le marquis, et que ce fut lui qui l'introduisit dans le monde. Il étoit bien fait et dansoit fort bien; vrai parent de Roquelaure pour l'insolence. Il eut une forte galanterie avec madame de Montglas[221]. Un jour qu'il étoit brouillé avec elle, il dit à la comtesse de Fiesque: «Pensez-vous que je m'en soucie? J'en ai eu assez de choses.» Il dit aussi qu'il avoit couché avec madame de Comminges, avec madame de Fosseuse et avec madame d'Uxelles[222]. «Qui vous croiroit? dit la comtesse, vous n'avez pas une lettre.—Vous avez raison, dit-il, je suis un fat. Je ne coucherai plus avec pas une qu'elle ne m'ait écrit auparavant. Cette Montglas ne m'a jamais voulu écrire à cause de cela.» Leur querelle vint de ce qu'elle ne vouloit pas qu'il entrât, je ne sais quel jour qu'elle avoit fait quelque remède; il entra pourtant et lui parla du style de son cousin. On disoit à cette femme, en la consolant des insolences de cet homme, qu'il falloit pardonner aux amoureux. «Ah! pour amoureux, dit-elle en franche coquette, il l'est autant qu'on le peut être.»

Le comte de Fiesque écrivit en ce temps-là un billet sans signer à Belesbat en ces termes: «M. de Belesbat est prié de se trouver chez M. le marquis de Roquelaure pour, conjointement avec M. de La Tour, vaquer aux affaires de leur vacation.» La Tour fut fort déferré de cette équipée. On lui proposa, pour se raccommoder avec tout le sexe, de faire la fête du Menteur, et que celles qui s'y trouveroient seroient obligées de le recevoir chez elles; car les dames lui avoient fermé la porte. Il n'y mordit point. Avant cela, se trouvant en lieu obscur ou écarté avec madame d'Uxelles, il voulut entreprendre quelque chose; elle le repoussa rudement. «Pardioux, lui dit-il, madame, qu'auriez-vous dit d'un gascon qui n'eût rien entrepris en si belle occasion?» La Tour fut tué à la guerre.

La comtesse de Fiesque écrivit un jour à madame de Montglas: «Ma chère, venez me voir; il est quatre heures, et il n'est venu encore personne; je suis au désespoir.»

Au carnaval de 1652, madame de Montglas fit une plaisante extravagance chez la présidente de Pommereuil. On y devoit jouer Pertharite, roi des Lombards, pièce de Corneille qui n'a pas réussi[223]. Mademoiselle de Rambouillet dit à Segrais, garçon d'esprit, qui est à cette heure à Mademoiselle[224], qu'elle n'avoit point vu l'Amour à la mode[225]; et qu'elle l'aimeroit bien mieux. «Dites-le à la comtesse de Fiesque.» La comtesse le dit à Hippolyte; c'est le fils du président de Pommereuil du premier lit, un benêt qu'on appeloit ainsi parce qu'on lui faisoit la guerre qu'il étoit amoureux de sa belle-mère. Hippolyte, qui étoit épris de la comtesse, alla dire aux comédiens que, quoi qu'il coûtât, il falloit absolument jouer l'Amour à la mode, et les envoya changer d'habits. On joue; madame de Montglas réclame et fait bien du bruit. La comtesse et elle se harpignèrent; les autres ne dirent rien. Au troisième acte, patience échappa à madame de Montglas; elle crie tout haut: «Mon carrosse est-il venu?—Non, madame.—Celui de l'abbé de Richou y est-il? (Notez que c'étoit son galant.)—Oui, madame.» Elle sort, et, par une plaisante rencontre, le comédien qui étoit sur le théâtre dit:

Retraite ridicule et fort extravagante.

C'étoit justement où il en étoit, et dans la comédie une femme se retiroit comme cela brusquement. Cela fit rire jusqu'aux larmes.