CONTES DE MOURANTS.

Un soldat espagnol, comme on étoit prêt de faire naufrage, se mit à manger un petit morceau de pain, en disant: Menester comer un poquito para bever tanto[ [189].


A Toulouse, un jeune homme de dix-huit ans dit, en riant, au bourreau qu'il connoissoit: «Compère, tu devois mettre un peu de coton, à cause de la connoissance.»


Quand M. de Bouillon commandoit en Italie, un peu avant la prise de M. le Grand, deux soldats furent condamnés à être passés par les armes; après, on s'avisa, à cause que l'armée diminuoit, de se contenter d'un, et, à faute de bulletins, on les fit jouer aux dés: l'un vouloit jouer à la chance. «Je ne la sais pas, dit l'autre.—Bien donc, à la rafle.» Il jette le dé et amène dix-sept; l'autre joue, mais sans espérance, et amène trois as. Le premier dit sans s'étonner: «Voilà mourir à beau jeu.» Les officiers, surpris de cette résolution, firent dessein de le sauver; mais ils voulurent voir auparavant jusqu'où iroit sa constance. On lui demande s'il vouloit être bandé. «Non,» dit-il. Il choisit ses parrains, et tirant dix écus qu'il avoit, il dit à l'un d'eux: «Tiens, prends cinq écus pour boire, et des cinq autres fais en prier Dieu pour moi.» On l'attache, il ferme les yeux. On tire, mais les officiers avoient fait ôter les balles; aussitôt on le délie. «Allez vous faire saigner, lui dit-on.—Je n'en ai pas besoin, répondit-il. Camarade, rends-moi mes dix écus, et allons les boire.»


Un vieux conseiller de Bordeaux, nommé d'Andrault, avoit eu toute sa vie une telle passion pour les nouvelles, qu'à l'article de la mort il envoya chercher un Portugais, grand nouvelliste, pour savoir de lui ce qu'il avoit appris par le dernier ordinaire, et il ajouta: «Je suis bien fâché de ne pouvoir attendre l'autre courrier; mais il faut que je parte.» Et il mourut un moment après.


Un vieux reître de Gascon, nommé Calverac, qui avoit bien des iniquités sur le corps, étant à l'extrémité, avoit grand'peur du diable. Les ministres de Bordeaux lui promettoient assez le paradis; il n'en étoit pas bien persuadé. «Mais me le promettez-vous? leur disoit-il.—Oui.—Touchez donc là.» Il leur touche dans la main, et aux anciens aussi; après il leur dit encore: «Mais le promettez-vous bien?—Oui.—Touchez donc là encore une fois.»


On disoit à une vieille paysanne fort incommodée: «Vous seriez bien heureuse d'être délivrée de tous vos maux.—Je vous entends, dit-elle, mais on est si long-temps mort.»


Un vieux libertin, nommé Bourleroy, étant à l'article de la mort, madame de Nogent-Bautru, car il étoit des amis de son mari, lui envoya un confesseur. «Voilà, lui dit-on, un confesseur que madame de Nogent vous envoie.—Hé, la bonne dame, dit-il, tout est bien venu de sa part. Si elle m'envoyoit le turban, je le prendrois.» Le confesseur vit bien qu'il n'y avoit rien à faire.


Au siége de La Rochelle, le comte de Jonzac, de la maison de Sainte-Maure, avoit un régiment d'infanterie. En une sortie, les Rochellois le mirent en fuite avec son régiment. Le lendemain ils sortirent encore; mais on les repoussa en leur criant: «Tu n'as pas trouvé ton Jonzac.» Lui-même, un jour ou deux après, voyant deux soldats qui se battoient, courut pour les séparer: «Qu'y a-t-il? leur cria-t-il. Contez-moi votre différend?—Monsieur, dit l'un, il dit que je suis du régiment de Jonzac.» Je vous laisse à penser si M. le comte se vanta d'en être le mestre-de-camp.


Quand Urbain VIII fit ôter les portes de bronze du Panthéon pour en faire un autel à Saint-Pierre, on fit ce pasquin:

Quod non fecêre barbari, fecêre Barbarini.

Le pape Sixte-Quint, ayant fait sa sœur, qui avoit été lavandière, duchesse de Camerino, on mit à Pasquin une chemise fort sale avec ce mot: «Depuis qu'on fait les lavandières duchesses, il n'y a pas moyen de se faire blanchir.»


Petitpuis-Lebœuf, à Saumur, étoit un débauché qui dansant un jour au bal, avec la sénéchale de Saumur, Du Rosay, un emplâtre tomba de ses chausses; elle qui croyoit le déferrer, lui dit: «Monsieur, ramassez votre emplâtre.» Il ne se déferre point, met la main dans ses chausses, et, en ayant tiré un autre emplâtre: «Madame, lui répondit-il, voilà le mien; il faut que ce soit le vôtre.» Il se trouva qu'il avoit deux p....... à la fois.