GAZHEL

Dans le bain, sur les dalles,

A mon pied négligent

J'aime à voir des sandales

De cuir jaune et d'argent.

En quittant ma baignoire,

Il me plaît qu'une noire

Fasse mordre à l'ivoire

Mes cheveux, manteau brun,

Et, versant l'eau de rose,

Sur mon sein qu'elle arrose,

Comme l'aube et la rose,

Mêle perle et parfum.

J'aime aussi l'odeur fine

De la fleur des Houris;

Sur un plat de la Chine

Des sorbets d'ambre gris,

L'opium, ciel liquide,

Poison doux et perfide,

Qui remplit l'âme vide

D'un bonheur étoilé:

Et, sur l'eau qui réplique,

Un doux bruit de musique

S'échappant d'un caïque

De falots constellé.

J'aime un fez écarlate

De sequins bruissant,

Où partout l'or éclate,

Où reluit le croissant.

L'arbre en fleur où se pose

L'oiseau cher à la rose,

La fontaine où l'eau cause,

Tout me plaît tour à tour;

Mais, au ciel et sur terre,

Le trésor que préfère

Mon cœur jeune et sincère.

C'est amour pour amour!

1845.

DANS UN BAISER, L'ONDE.....

Dans un baiser, l'onde au rivage

Dit ses douleurs;

Pour consoler la fleur sauvage,

L'aube a des pleurs;

Le vent du soir conte sa plainte

Au vieux cyprès,

La tourterelle au térébinthe

Ses longs regrets.

Aux flots dormants, quand tout repose,

Hors la douleur,

La lune parle, et dit la cause

De sa pâleur.

Ton dôme blanc, Sainte-Sophie,

Parle au ciel bleu,

Et, tout rêveur, le ciel confie

Son rêve à Dieu.

Arbre ou tombeau, colombe ou rose,

Onde ou rocher,

Tout, ici-bas, a quelque chose

Pour s'épancher...

Moi, je suis seule, et rien au monde

Ne me répond,

Rien que ta voix morne et profonde,

Sombre Hellespont!

1845.